Posté le 4 juin 2025 par La Rédaction

De Foissiat au G7 dans l’assiette de Clinton ! Antoine Rousset, ancien journaliste au Progrès à Bourg, rouvre les pages de son album souvenir.


Foissiat juin 1996 !
Un éleveur de volailles de Bresse, dont le nom à l’époque ne sonnait pas aussi haut et fort que ceux des Sibelle et Cormarèche, devenait à sa grande surprise, une star dans sa profession… À vrai dire, au moment des Glorieuses de décembre, son visage ne nous était jamais apparu, ni jamais son nom sur nos tablettes. Et pour cause : Claude Perdrix n’avait jamais participé à aucune édition des Glorieuses, jamais obtenu le moindre prix, pas plus à Montrevel, qu’à Pont-de-Vaux, à Bourg, ou à Louhans. Et s’il lui arrivait peutêtre (et encore !) de faire de la poularde et du chapon pour Noël, c’est juste pour en faire profiter la famille et les amis. Pas pour les exposer en public dans des concours ! Un discret, Claude Perdrix. Et pourtant un grand de Bresse lui aussi, puriste parmi les puristes, très à cheval sur les traditions, la réglementation, l’alimentation de ses poulets, sans jamais faillir à la loi, rien que la loi, et il n’aurait jamais accepté, à une époque, de passer dans le camp de quelques éleveurs qui auraient souhaité introduire du soja dans la nourriture des volailles ou réduire par économie leur durée d’élevage. Ah non, pas ça, pas question, le cahier des charges, rien que le cahier des charges ! En fait, cette discrétion lui allait bien à Claude. Une grosse dizaine de bandes de poulets à l’année, ce qui lui en faisait 7000 annuels sur le marché. Pour une exclusivité à destination du volailler Jean Verne du Chapon bressan à Montrevel, qui en prenait livraison chez lui dans leur totalité. C’était ainsi depuis qu’il avait débuté l’élevage dans les années 80, et c’était bien comme ça !

Le monde entier et Foissiat…
Puis voilà ce fameux mois de juin 96 ! Le G7 à Lyon que la France et Chirac ont ardemment désiré et qui réunit les chefs d’État des pays les plus industrialisés de la planète. Il y a là, entre autres, Bill Clinton pour l’Amérique, Helmut Kohl pour l’Allemagne, Jean Chrétien pour le Canada, John Major pour la Grande-Bretagne, Jacques Chirac bien sûr pour la France… Et il faut préparer le dîner officiel à Lyon du 27 juin. Ils sont quatre grands chefs à s’atteler à la tâche, le qua- Antoine Rousset, ancien journaliste au Progrès à Bourg, rouvre les pages de son album souvenir. tuor Bocuse-Troisgros-Veyrat-Blanc, et ce dernier s’occupera de son « poulet aux foies blonds » accompagné de ses crêpes vonnassiennes. Incontournable ! C’est Jean Verne qui est chargé de dénicher l’éleveur capable de fournir dans les délais la volaille en question. « Il fallait, nous confiait-il à l’époque, trouver un lot de poulets d’au moins 2 kilos arrivant juste à temps pour l’abattage après sa mise en épinette de 15 jours. L’élevage de Claude Perdrix correspondant à ces critères, nous l’avons choisi. On n’avait rien à craindre pour la qualité, je savais que ce serait de la belle marchandise. » Ainsi fut conclue l’affaire. Le poulet de Foissiat allait bel et bien se retrouver dans les assiettes de Clinton et de ses illustres voisins de table. Avec les regards du monde entier (allez, exagérons un peu, ça fait de mal à personne !) braqués sur ce petit coin de terre de Bresse au lieu-dit Montclair…

Revivre ses souvenirs…
Ces dernières semaines, nous sommes revenus chez Claude Perdrix. Trente ans après. Claude a, depuis 2019, pris sa retraite, l’élevage a disparu et il ne reste qu’une poignée de poulets qui s’ébattent dans un pré bien trop grand désormais pour eux seuls. Emportée par la maladie en 2022, Pascale, l’épouse de Claude, n’est plus là, elle qui de son nom de jeune fille s’appelait Poulet, mariée à un Perdrix, éleveur de volailles, ce qui faisait sourire tendrement leurs amis et invités tout au long de leur existence commune, entourés de leurs trois enfants David, Nicolas et Frédéric. Claude, qui fut longtemps le trésorier du CIVB et le président du groupement des éleveurs Haute qualité de Montrevel, a gardé encore très vivace, presque intact, le souvenir de ce G7 de 96, et en a conservé les coupures de journal de l’époque. Comme une sorte de piqûre de rappel pour ne rien oublier de ce moment rare dans sa carrière d’éleveur, bien qu’il continue à la jouer modeste même trente ans plus tard. « Vous savez, après ce G7, par la suite, ça n’a pas changé grand-chose pour moi, j’ai continué à faire mes bandes de poulets pour Jean Verne puis pour Carole sa fille quand il est décédé. Quant au G7, j’ai eu la chance d’être là avec mes volailles au bon moment. » Pour quelques heures de gloire, simplement.