Une stèle sera dévoilée vendredi 26 septembre en mémoire de l’auteur, plusieurs événements suivront.
L’écrivain Charles Juliet s’est éteint à Lyon le 26 juillet 2024. Il avait 89 ans. Sa riche œuvre littéraire est une introspection qui cherche à surmonter un drame intime. Né en septembre 1934 à Corlier (Ain), il n’a qu’un mois lorsque sa mère, Hortense, tombe en dépression postnatale et est internée à la Madeleine, l’hôpital psychiatrique pour femmes de Bourg-en-Bresse.
L’arrachement aux bras de sa mère
Cet arrachement aux bras de sa mère provoque chez lui un grave trauma que la médecine nomme « l’agonie primitive ». Placé dans une famille paysanne de Jujurieux, sa mère adoptive, Félicie Ruffieux, lui témoigne comme à ses sept autres enfants attention et amour. Il apprendra d’elle, à l’âge de huit ans, sa condition d’orphelin et l’existence jusque-là ignorée de sa mère biologique qui vient de décéder à seulement 38 ans.
Enfin, libéré de ses peurs…
Plus tard, à l’âge adulte, après des études de médecine interrompues, Charles Juliet cherche dans la lecture et l’écriture à s’extraire « des entraves de ses racines ». Son œuvre littéraire est marquée par cette indicible souffrance initiale et par « le lait noir de la mélancolie » qu’il a tété au sein de sa mère. Enfin libéré de ses peurs, il renaît à la vie en découvrant l’être humain qui « l’émeut ». De nombreux textes rapportent son intérêt pour la nature, pour les gens simples de la campagne, pour la peinture, le jazz, les grands auteurs, Camus surtout, et pour le sport. Il pratique le vélo, la boxe, l’alpinisme et le rugby, « sa passion » qu’il découvre à l’école des enfants de troupe d’Aix-en-Provence où il est admis à l’âge de 12 ans.
Lambeaux, son œuvre majeure
C’est là qu’il rencontre aussi l’amour dans les bras de la femme de son chef de section. Un amour interdit qui inspirera son roman L’Année de l’éveil(1) porté à l’écran en 1991 par Gérard Corbiau. Son imposant journal en dix volumes raconte dans une écriture mise à nue les passions qui lui « ont été données », comme lui sont offerts « les poèmes qui s’écrivent en lui ». Fidèle à ses origines, Charles Juliet, devenu lyonnais, passait ses étés dans sa maison de Jujurieux et chacun pouvait le croiser à Bourg et échanger avec lui chez Montbarbon. En hommage à ses deux mères, il publiera en 1995 chez P.O.L Lambeaux, le livre majeur de son œuvre, et recevra en 2013 le prix Goncourt de la poésie.
Une stèle en hommage au destin tragique de sa mère
Internée à la Madeleine, la mère de Charles Juliet, en paysanne du Bugey qu’elle était, cultivait le potager de l’hôpital psychiatrique où elle décédera de malnutrition sous l’Occupation. Le parc désormais ouvert au public témoigne de la souffrance d’une femme. Et si les portes de l’hôpital de la Madeleine se sont refermées sur la mère, elles se sont ouvertes à travers Charles, le fils, sur une grande œuvre littéraire. Voilà pourquoi la Ville de Bourg-en-Bresse a accepté la proposition du Conseil citoyen Gare, Peloux, Mail, Citadelle d’ériger une stèle à son nom dans le parc de la Madeleine. Réalisée par l’entreprise Espace funéraire Carrara, elle sera dévoilée le 26 septembre et évoquera le souvenir, la vie et l’œuvre de Charles Juliet, aujourd’hui reconnu comme l’un de nos grands auteurs contemporains.
À cette occasion, plusieurs événements sont programmés
- Vendredi 26 septembre à 11 h Inauguration de la stèle : en présence de proches de l’auteur, de personnalités… Au programme : lecture de textes de Charles Juliet par des élèves de seconde du lycée Carriat, exposition… Parc de la Madeleine. Cérémonie ouverte à tous
- Samedi 27 septembre à 17 h 30 : conférence par Didier Pobel sur la vie et l’œuvre de l’écrivain. Médiathèque Albert-Camus. Gratuit
- Vendredi 3 octobre à 18 h : conférence sur l’histoire de la Madeleine par Agnès Bureau. Centre social Plateau-Gare. Gratuit
- Du 27 septembre au 11 octobre : exposition sur l’auteur Médiathèque Élisabeth et Roger-Vailland. Gratuit
Programme complet : www.bourgenbresse.fr