Posté le 26 novembre 2025 par La Rédaction

L’Aindinoise Camille Poulain signe aux côtés de Jules Giraudat la réalisation du documentaire HEC, admis sans les codes diffusé cette rentrée – et dispo en replay jusqu’en mars – sur Arte.
« Le difficile n’est pas de monter, mais en montant de rester soi. » Les mots de l’historien Jules Michelet disent tout de la démarche des coréalisateurs qui pour leur film, ont suivi trois jeunes : Isabelle, Tom et Victor ; dans leurs premiers pas à HEC. Un environnement nouveau, à l’exact opposé des mondes où ils ont grandi. Eux sont fils et fille de facteurs, de poissonniers, premiers de leur famille parfois à suivre des études après le Bac… et pénètrent dans l’antre des gens cravatés maniant chiffres et anglicismes et garnissant les rangs des patrons du CAC 40. Une élite, au prix fort. Celui de l’identité tiraillée entre ses racines et la promesse d’un avenir dont il faut s’approprier les codes… Camille et Jules ont brossé le portrait des transclasses « au moment où ils changeaient de monde ». Pour capter ici et maintenant leurs interrogations, leurs craintes et leur désir de conciliation. Le gage d’une vision nuancée, encore ancrée dans le monde de départ et non encore arrimée dans celui d’arrivée. Les ponts sont nombreux et le travail d’adaptation permanent pour prétendre entrer dans le club select des diplômés HEC. Avec l’espoir, tel que décrit par Victor et Louis son ami, « qu’avoir le cran et les crocs finira par payer ». Quand on arrive, assure Camille – elle-même passée par la prestigieuse école de commerce, « on ignore à quelle sauce on sera mangé ».

Mais plus que l’enjeu académique, l’intégration à HEC porte celui social et implique pour les nouveaux-venus de prendre part aux activités associatives. Comme, dans le film, Isabelle au foot ou Tom au BDE. Un passage obligé aidant à prendre ses marques et nouer de belles amitiés. Le socle aussi d’un réseau dont il faudra oeuvrer au développement pour se donner la chance d’intégrer une banque, un cabinet de conseil… en sortie de cursus. D’honorer surtout, le prêt contracté pour entrer à HEC, s’élevant souvent à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Camille et Jules ont suivi le trio dans sa quête de stage, avec des débuts difficiles en entretien faute d’avoir les bons usages et d’adopter une posture adéquate. Mais « tous ont réussi à faire leur place » note Camille, à force de faire et refaire, aller au contact, pousser les portes et forcer le destin. « Il y a quelque chose de l’ordre de l’élévation collective… Ils se portent les uns les autres. » Notamment dans cette séquence où Victor reprend constamment son ami sur l’expression « À la base ». Pour se fondre et acquérir les bons réflexes. « On a été impressionnés par leur détermination », relève le duo soucieux de suivre Isabelle, Tom et Victor sur un temps long pour davantage de confidences sur les états d’âme de chacun. « Faire un film de société demande un engagement fort. Tu le fais parce que ça te parle. » C’est forte d’échanges authentiques et d’une vraie compréhension des réflexions des étudiants que l’équipe de production a tiré l’essentiel en un peu plus de 50 minutes de documentaire sur 130 heures de rush. « Le défi pour nous a été de savoir à quel moment allumer la caméra et à quelle distance nous mettre. » Pour préserver la magie de l’instant… « tout en respectant la limite des gens que tu filmes ». Un équilibre fragile, tel que réussi avec justesse dans cette production sensible dont l’écho dépasse de loin la seule sphère des étudiants. « On ne s’attendait pas à ce que ça porte à ce point ! » Une bien belle façon de boucler la boucle pour l’ancienne lycéenne de La Boisse diplômée de HEC et depuis d’une école de journalisme. Comme quoi tous les chemins ne mènent pas au financial market.

HEC, admis sans les codes
Par Camille Poulain et Jules Giraudat
En replay sur Arte et diffusé sur Public Sénat à compter de mars 2026