Retour fracassant pour l’Aindinois avec un défi hors norme bouclé les 16 et 17 mars : 220 km et 13 200 m de dénivelé positif — l’équivalent du mont Blanc et de l’Everest cumulés — parcourus en 24 h en ski de fond entre Mijoux et La Vattay. La maladie de Lyme est manifestement derrière le champion…
Combien de temps la maladie t’a-t-elle éloigné du sport ?
Les prémices remontent à 2020. Le GR20 [en juillet], c’était déjà catastrophique. J’avais eu du mal à récupérer. Ça s’est fortement dégradé en 2021, 2022, 2023. Il y a eu des temps d’arrêt complet : j’étais tellement diminué que je ne pouvais plus courir… Mais j’ai toujours essayé de bouger : au moins marcher.
À quel moment as-tu pensé les contours de ce nouveau projet ?
Ça fait longtemps que j’avais ce projet en tête : faire le plus de montée possible pendant 24 h en ski de fond et sortir un peu des cadres habituels… Je me sentais plutôt bien ces derniers mois. Il y avait aussi une fenêtre lundi 16 mars : la station était très peu fréquentée, j’ai eu l’accord du directeur, il n’y avait pas de cours à l’ESF, le domaine était enneigé, skiable, avec des pentes raides pour engranger du dénivelé. Tout était aligné.
Quel a été le plus gros défi : la durée, le dénivelé, la répétition, les conditions météo ?
Si l’on pense performance à tout prix, à mettre un maximum de dénivelé ou de kilomètres, on peut vite s’énerver. Ce qui est intéressant sur ces efforts d’endurance, c’est la patience dans les moments les plus compliqués. Il faut scinder les choses et jouer avec le temps. Ce qui est drôle d’ailleurs, c’est que l’on perd la notion du temps. Le ciel s’est vite couvert, on ne voyait plus la luminosité évoluer : je ne savais plus s’il était 10 h ou 17 h. Ça m’a aidé. Quoi qu’il en soit, même si c’est dur… l’envie prend le dessus. On sait pourquoi on le fait. Quand on est animé par quelque chose, on y va les yeux fermés.
À quoi a ressemblé l’organisation du parcours ?
J’ai commencé à 7 h lundi 16 mars et terminé le lendemain à la même heure. J’ai commencé seul, puis mon beau-frère m’a rejoint pour quelques montées. Des amis sont venus ensuite, mon père m’a aidé pour le fartage des skis, les collègues de l’ESI pour les ravitaillements, et les pisteurs du domaine de La Vattay se sont relayés pendant la nuit.
Avoir du monde à ses côtés, ça aide moralement ?
Après 10 ou 12 h de ski, quand on n’a fait que la moitié, qu’il en reste encore autant, c’est difficile. Par moments, on était cinq ou six à skier. Mais je restais dans ma bulle, concentré sur mes mouvements… C’était très agréable d’avoir leur présence et, en même temps, ils n’ont jamais cherché à me faire parler. J’ai apprécié ce compromis. Sinon, je suis plutôt introverti, ça ne me dérange pas d’être seul.
Comment as-tu vécu ton retour à un registre performatif ?
J’étais plein de questionnements. Est-ce que, sur 24 h, mon corps allait tenir ? Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait cet exercice… Enchaîner 6 ou 7 h d’école de ski, ce n’est pas de l’entraînement, c’est de l’enseignement. Le volume pur en séances avait drastiquement baissé. Mais je me suis remis en confiance. J’ai un corps adapté à l’effort longue distance : sur les quatre dernières heures, je me sentais très bien, j’aurais pu continuer encore et gagner 2 000 ou 3 000 m de plus. Le volume accumulé à l’adolescence a habitué mon corps. Et le corps a une mémoire… On ne perd pas comme ça.
