Le Centre psychothérapique de l’Ain présente les œuvres de sept artistes réalisées dans le cadre d’ateliers participatifs.

« Quartiers libres » au Centre psychothérapique de l’Ain… L’annonce a tout d’un clin d’œil tant l’imaginaire associe encore, à tort, le lieu avec l’enfermement. Pas du tout, rétorquent d’une seule voix les deux responsables du dispositif Culture Nomad du CPA, Franceline Malharin-Borrel et Hélène Lemaire. Le titre de l’exposition, expliquent-elles, est lié au nom du lieu qui l’héberge, les Grands quartiers. Pour la petite histoire, il s’agit du premier bâtiment construit sur le site de l’hôpital psychiatrique Saint-Georges, en 1858.
Chacune des sept salles du bâtiment a été confiée à un artiste qui a donc eu quartier libre pour l’occuper, du sol au plafond, dans le cadre d’ateliers participatifs. Ceux-ci ont rassemblé deux cent trente personnes (des patients et des membres du personnel mais aussi une bonne centaine de personnes extérieures au CPA) et le résultat de ces productions collectives est à découvrir jusqu’à la fin des vacances.
Des personnages à traquer sur des murs
Ainsi, Marius Genevois, de Chalon-sur-Saône, invite le public a participer à une sorte de « Où est Charlie ». En rappelant qu’à l’origine, l’art brut était considéré comme « l’art des fous », il confie : « L’art brut, ça me passionne, et quand j’ai su que j’allais venir ici, je me suis dit que c’était une très belle opportunité de montrer ce que je fais, d’avoir un regard extérieur et avoir un regard sur des personnes qui sont parfois en dehors des codes et des normes sociétales ». Mais qui peuvent faire de très belles choses.

Le jeune homme a conçu un petit jeu de cartes, avec des personnages à traquer sur les murs et le plafond de la salle qui lui a été attribuée. Vertigineux, sa création l’est véritablement : une vasque fresque d’une précision extrême, où l’accumulation de motifs et une ornementation presque obsessionnelle forment un « chaos mental » comme il le revendique. Et en même temps un jeu.
Tout près de là, Fish le rouge, rappeur, slameur, poète burgien, présente sa « chambre de rue » : l’intérêt, c’est qu’elle permet donc de faire une prise de vue, et en même temps de développer l’image à l’intérieur de l’appareil ; dans un second temps, le négatif, une fois séché, est reproduit par contact sur un papier photo sensible. Un retour réjouissant à l’ancien temps des labos photo des amateurs.
Cinq autres artistes ont créé dans ces « Grands quartiers » des œuvres réalisées collectivement au fil d’échanges et de rencontres. La confirmation que l’art est un outil incontournable de lien social, quel que soit le lieu, qui permet de porter un regard différent, débarrassé des préjugés, sur ceux qui nous entourent.

Fish le Rouge, Ted Nomad, Julie BuiBui, Marius Genevois, Juliette Miséréré, Loraine Motti et Kesadi sont les sept artistes qui ont participé à l’aventure. À l’entrée de chaque salle d’exposition, un texte et un QR code permettent de lire et écouter chaque artiste sur le sens qu’il donne à son œuvre.
L’exposition, ouverte à tous, est ouverte tout l’été jusqu’au 28 août, les mercredis, jeudis et vendredis de 14 heures à 17 heures.