L’artiste installée en Valromey revient à l’Orangerie à Revonnas pour présenter quatre cents portraits de femmes qui ont marqué leur temps.
Mme du Barry, la favorite de Louis XV guillotinée en 1793 dans le tumulte et la confusion, au côté de la reine d’Égypte Nefertiti, disparue vers 1330 avant J.-C., et de Rosa Luxembourg, révolutionnaire communiste assassinée par des paramilitaires d’extrême-droite à Berlin en 1919… Germaine Tillon, ethnologue et grande figure de la Résistance, dialoguant non loin de là avec Murasaki Shikibu, femme de lettres japonaise du Xe siècle, ou Fatima Al Fihriya, morte en 880 à Fès, fondatrice de l’université Al Quaraouiyine à Fès, qui est considérée comme la seconde plus ancienne université au monde encore en activité…
Tout l’été, Marie Morel expose à l’Orangerie de Revonnas ses Femmes oubliées, un ensemble étourdissant de quatre cents portraits de femmes du monde entier et de toutes les périodes, musiciennes, écrivaines, femmes politiques, mystiques, philosophes, reines ou princesses, dont l’existence a souvent été effacée. Pas toutes, il est vrai, comme Circé l’enchanteresse, Louise Michel la Communarde, ou bien sûr Marguerite d’Autriche, auquel un vaste tableau, passionnant, est consacré.
De vastes tableaux
Où les a-t-elles trouvées ? « C’est un énorme travail de recherches historiques, ce qui est assez rare pour un peintre, souligne en souriant l’artiste installée en Valromey. J’ai découvert leurs traces dans des livres très spécialisés, par des amis aussi qui m’ont donné des noms. Très étrangement, quand on commence à chercher des choses, plus on en trouve et plus il en vient encore. » Toutes ces miniatures sont en fait les éléments d’un vaste ensemble de vingt-et-un mètres de long. Éclatés dans des tableaux (certains mesurent quand même trois mètres par un mètre et demi), ils sont réalisés selon la même démarche. Au-dessus du portrait dans un médaillon, le nom de l’heureuse élue, ses dates de vie et de mort ainsi que son pays d’origine et, autour, un résumé rapide de son action. On y retrouve tout l’art de Marie Morel, la fausse naïveté et la délicatesse de tous ces portraits auxquels elle voue, on s’en doute, une infinie tendresse. Quatre cents femmes sorties de l’oubli, c’est certes beaucoup. Pourtant, Marie Morel prépare une seconde salve, de huit cents autres. Mais pour les découvrir, il faudra attendre encore cinq ans.

L’Orangerie : un nouvel espace d’exposition temporaire à Revonnas
Pourquoi ce travail consacré uniquement aux femmes ? « Tout simplement parce qu’on ne parle que des hommes alors que toutes ces femmes ont laissé une œuvre, dans un musée, des livres », répond Marie Morel. Ou dans le langage commun. Prenez « En voiture Simone ! » On apprend à travers l’exposition que l’expression vient de Simone de Pinet de Borde des Forest, pilote reconnue et première femme à avoir ouvert une autoécole en France, en 1950. Elle aussi a son portrait, accroché sur un mur du nouvel espace d’exposition temporaire, à Revonnas. Un espace ouvert par Philippe Guinot et sa compagne, expert en tableaux anciens et modernes, qui a quitté la région lyonnaise pour revenir voilà trois ans vers Bourg-en-Bresse où il a ses attaches. Le but étant de créer dans cette belle maison un lieu d’expositions temporaires entre Lyon, Paris et Genève. L’Orangerie a déjà accueilli un ensemble d’œuvres érotiques de Marie Morel en avril 2025, et a aussi participé à deux éditions de la biennale Campagne première. Mais l’ensemble de l’espace sera ouvert courant 2027, une fois les travaux d’agencement terminés.
L’Orangerie de Revonnas pour l’art
182 route de Tossiat à Revonnas
06 07 63 17 73 – orangerie.revonnas@gmail.com
Ouverture en septembre le jeudi, le samedi de 11 h à 19 h, et le dimanche de 14 h 30 à 19 h ; sur rendez-vous en semaine