Posté le 30 septembre 2026 par La Rédaction

Antoine Rousset, ancien journaliste au Progrès à Bourg, rouvre les pages de son album souvenir.

21

Cela fait plus de vingt ans que je ne l’avais pas revue. Les cheveux ont blanchi, mais le sourire, le beau et franc sourire de Monique, comme pour accentuer sa jovialité spontanée, est resté le même. Comme sa voix, le timbre de sa voix et cette façon de donner du rythme à ses phrases et de choisir ses mots. Elle a eu des responsabilités Monique dans sa vie d’agricultrice et de syndicaliste, elle a eu des tribunes pour s’exprimer, pour parler juste, et, même depuis des décennies à la retraite, il y a chez elle tout un vécu de porte-parole des femmes du milieu rural, de présidente d’associations, d’oratrice capable de défendre ses idées d’égal à égal avec les hommes, qui lui colle toujours à la peau. Quand, en 1981, il lui fut proposé de prendre la présidence de la section féminine de la FDSEA, ce sont ses filles qui la poussèrent à accepter, comme si chez les Martin-Peulet on savait faire bloc, pour une noble cause, entre femmes. Et aussi trois mandats à la Chambre d’agriculture pour être présidente de l’ADTR (Association départementale de tourisme rural), responsable des gîtes et du réseau Bienvenue à la ferme. Autant de tâches, et bien d’autres encore, comme traire les vaches et tenir la maison avec trois enfants, accomplies par Monique sans jamais faire les choses à moitié. Tout ou rien. Et ce fut tout bien sûr.

Un succès immédiat

Vint alors ce jour du début des années 90, où germa une belle idée dans la tête de Monique. Une idée soutenue avec dynamisme par Élisabeth Olivier qui, à cette époque, passait beaucoup de temps à la promotion de l’agriculture en Bresse, de son poulet bien sûr, mais de tout ce qui en faisait sa renommée, son charme. Et le projet prit corps, une fois que Maurice, le mari de Monique, y ait adhéré pleinement. L’idée de faire de leur ferme une ferme-auberge. Y attirer des gens de la ville. De Bourg ou de Mâcon. Leur faire apprécier leurs produits. Leur faire toucher du doigt et du palais ce qu’était leur métier. Leur montrer qu’on avait le sens de l’accueil au sein de leurs terres agricoles. Tout commença par des goûters à la ferme. Où on y mangeait l’omette et la tarte bressane. Mais bien vite l’offre à la clientèle s’élargit, s’enrichit d’un vrai repas. Et pour cela, les Martin-Peulet investirent dans deux fours alsaciens, qui permirent à Monique et Maurice, chaque week-end surtout, de cuire au feu de bois la tarte au fromage, le poulet de Bresse rôti, le gratin de pommes de terre à la crème, la tarte au sucre, pour la dégustation desquels on venait souvent de loin, en car parfois, tout en faisant de cette escapade, grâce au bouche-à-oreille, une destination appréciée de tous, au milieu des vaches et des champs. Ah oui, quelle belle idée Monique ! Quelle belle idée de partage, quel beau moment, entre ruraux et citadins, pour mieux se connaître et mieux se comprendre. C’était tout simple et c’était bon. Avec Monique, sa gentillesse et son sourire, avec l’aide de la famille ou du voisinage certains jours, avec des rires et des chansons pour égayer ces échanges à la ferme.

Des chambres d’hôtes ensuite

Il y eut l’heure de la retraite, la fatigue aussi. Monique et Maurice quittèrent cette ferme de Saint-Julien-sur-Veyle où avait grandi Monique pour aller occuper une ferme (mais sans activité agricole désormais) de Vonnas, où avait vécu Maurice. Là, plus question de repas à la ferme, mais c’est une autre idée qui peu à peu fit son chemin : aménager des chambres d’hôtes. Maurice, un peu affaibli par des ennuis de santé, prit largement sa part à la réalisation de ce nouveau projet, jusqu’à ce que le mal l’emporte et laisse Monique seule – certes bien entourée de ses enfants et petitsenfants – mettre pleinement la main à la pâte pour accueillir des touristes de tous horizons, enchantés de cette halte en pleine campagne. Jusqu’à ces derniers mois, Monique faisait front face à quelques douleurs musculaires, et maintenait l’activité de ces nuitées à la ferme, mais il lui a fallu faire une pause pour se rétablir et retrouver force et courage. En fait, de courage, elle n’en a jamais manqué Monique, qui avait seulement 4 ans quand elle perdit sa maman, et qui dut surmonter l’épreuve de cette absence avec tout ce que cela suppose de force de caractère. C’est ce que l’on se disait, avec l’ami et confrère Serge Berra (qui m’a accompagné lors de cette visite à Monique), à notre retour de Vonnas. Oui Monique, qu’à travers ces lignes, hommage vous soit rendu !