Quand on aborde l’époque de l’usine Brochand et des meubles entièrement fabriqués à Bourg-en-Bresse, on parle d’un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître. Un temps où le bois massif et le savoir-faire de nos artisans surclassaient le « prêt-à-meubler made in je ne sais où » qui pullule aujourd’hui dans les appartements contemporains. Retour sur les traces d’une usine qui fut l’un des fleurons de l’industrie burgienne durant la moitié du XXe siècle.
De belles bâtisses pour de grandes ambitions
Installé dans l’impasse de Fenille, à quelques mètres à peine de l’ancien bastion du Bourgneuf, l’ancien atelier connaît aujourd’hui une seconde vie. Transformée au début des années 2000 en lofts tout en préservant la structure initiale du bâtiment, l’usine Brochand a vu ses fondations prendre forme après l’achat du terrain qu’elle occupe par Marcel Brochand le 17 juin 1925. Ébéniste, créateur et fabricant de meubles installé au 2, 4 et 6 rue de la République, il décide, à cette époque-là, d’agrandir l’entreprise afin d’accompagner son développement. Il rachète donc une grande partie du côté droit de l’actuelle impasse de Fenille, appelée alors « lieu-dit ancien clos de Varenne et verger Protat ». Une dénomination qui trouve son écho dans le vécu d’un illustre personnage, Philibert-Charles-Marie Varenne de Fenille, décapité durant la Ré- volution française, qui était avant ça propriétaire du lieu-dit. Preuve en est que les plus petites histoires rejoignent tou- jours la grande. Suite au rachat par Marcel Brochand en 1925, sortent bien vite de terre l’usine et deux belles maisons que l’on peut encore voir aujourd’hui.
L’amour de la belle ouvrage
Fièrement nommées «Villa Yvonne» et « Villa Marcel » du nom de ses deux enfants, elles subsistent, la première étant juste avant l’usine et la seconde au fond de l’impasse. La petite-fille du fondateur de l’usine habite encore cette dernière, véritable témoin de cette époque révolue.
Il est loin le temps où la future institutrice, encore toute jeune, déambulait dans l’usine, observant la quarantaine d’ouvriers – à l’époque la plus faste – œuvrer sur de belles commodes bressanes. Un temps lointain… et si proche en même temps, à en juger par les quelques meubles de fabrication familiale disposés çà et là dans la Villa Marcel.
C’était l’époque où le merisier et le bois massif en général étaient en vogue. Où les gestes étaient précis et où les mains de l’homme façonnaient des pièces qui traverseraient les époques et le temps sans en souffrir. Des choses trop oubliées au- jourd’hui, au profit des meubles à montage unique, que l’on trouve en masse chez les vendeurs d’éphémère.
Une réhabilitation réussie
La fabrication basée impasse de Fenille s’arrête quant à elle en 1973. L’usine reste alors à l’abandon de nombreuses années, servant de dépôt pour quelques meubles et de lieu de rencontre pour des personnes à qui l’on n’avait pas confié la clé. Vendue à la fin des années 90, elle est divisée en plusieurs appartements aujourd’hui habités. Les fenêtres donnent tantôt sur l’impasse, tantôt sur le square du Bourgneuf. Un souvenir des temps passés qui prouve une fois de plus que notre petit coin de France a encore bien des histoires à raconter.

