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Le resto du mois : La table D’Arthur

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Les lignes bougent, au numéro 126. Passée par quelques soubresauts dans sa conduite depuis 2018, celle que l’on appela la Table ronde pendant plus de 30 ans fête aujourd’hui ses cinq années de nouvelle enseigne. Nappes immaculées et service cravaté font désormais la paire dans un cadre chic et feutré. La réservation est prise, le bloc-notes est propre et repassé, le temps est enfin venu de poser les coudes à la Table d’Arthur. Mon amour de l’euphémisme me pousse à l’écrire, l’adresse a bien grandi depuis ma dernière visite. La carte des vins a doublé de volume, et les tables étriquées d’antan ont laissé place à des plateaux amples et bien habillés. Pots à sel, lampe de table, composition végétale minimaliste et beurrier sous cloche, rien n’y manque. Quittant le restaurant historique La Pyramide, Thomas a ramené dans sa valise quelques idées de grandes maisons. Désormais associé à son père, le maître de cérémonie en herbe prouve ici que la transmission marche parfois dans les deux sens. La cravate bien ajustée, le fringant jeune homme déroule son programme, donnant un tempo
bigrement millimétré au service pour une si petite maison.

Les petits plats sont dans les grands, les mises en bouche s’enchaînent, chaque assiette marchant au côté d’un intitulé minutieusement révisé. Aux commandes de la cuisine depuis trois décennies, Stéphane a pris le grand virage suite au départ de son ex-associée. S’appuyant sur la curiosité fougueuse de Thomas, le chef propose désormais des plats plus élégants, cherchant dans ses intitulés la valorisation de chaque produit comme de son origine. Ce qui pourrait paraître pompeux à la lecture ne l’est pas le moins du monde dans l’assiette. Après quelques grignotages à préciser, une entrée franche et goûteuse s’invite à table, reprenant l’idée du classique berlingot d’Anne-Sophie Pic. Une interprétation végétale qui ne vaut pas le plat signature de la cheffe triplement étoilée, mais qui démontre tout de même une belle implication en cuisine. Point culminant du déjeuner, le bar de ligne et sa déclinaison de fenouil mêlent fraîcheur et profondeur. Un plat aussi lisible que judicieux dans ses textures, appuyant l’idée qu’il ne faut pas toujours 50 couleurs pour faire un beau tableau. Un carré d’agneau servi avec des haricots exprime une vision beaucoup plus rustique, tranchant avec la délicatesse du plat de poisson. En dessert, finesse et caractère se rejoignent dans une déclinaison autour du chocolat et de la cardamome. Archétype du dessert de cuisinier, cette assiette révèle l’évolution de la maison. C’est classique, mais cela tombe juste. Un café,
quelques mignardises, et voici déjà l’heure de partir vers d’autres pérégrinations gastronomiques. Faut-il y manger ? Bien sûr. Ce qui est beau
avec les adresses qui se cherchent encore à moitié, c’est qu’il est impossible de s’y ennuyer. À tester aujourd’hui, puis dans 6 mois pour laisser les tanins se patiner.

126, boulevard de Brou à Bourg
& 04 74 23 71 17

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