Vingt-six ans après sa création, le Hammam de la République fermera ses portes fin mars. Françoise Genton, sa propriétaire, raconte.
Au numéro 48 de la rue de la République, un lieu emblématique. Le témoin du rêve d’une femme et de la transmission d’une tradition. Le hammam, fondé en 1999 par Sarah Genton, d’origine algérienne, a rapidement su s’imposer comme un espace de bien-être et de partage. Sarah avait un objectif clair, se souvient sa fille Françoise : faire découvrir, en particulier aux femmes, cette belle tradition du Maghreb, le hammam oriental. « C’était un sacré challenge d’installer un hammam au milieu de la Bresse », s’amusait Sarah, ancienne infirmière reconvertie. Françoise, l’actuelle propriétaire des lieux, n’avait même pas 10 ans à l’ouverture de l’établissement. « Je me souviens de la première fois où je suis entrée ici avec ma petite soeur ». Sa mère, son père et un ami artisan de ce dernier ont créé à eux seuls le hammam. Un restaurant-grill occupait les lieux avant les travaux. « On a grandi ici, au milieu des clientes. Chaque dimanche, c’était hammam. » Raconter l’histoire du hammam pour Françoise, c’est faire remonter beaucoup de souvenirs ici, avec sa maman. Françoise a aussi vu sa mère affronter les galères et les a elle-même vécues. En 13 ans d’activité, elle a cru devoir fermer plusieurs fois. Des machines qui cassent, ou encore le Covid, mais « on a toujours réussi à surmonter les difficultés grâce à la fidélité des clientes ».
Françoise, 22 ans prend la suite En 2012, la maladie de Sarah l’a forcée à réduire son activité. Françoise, alors âgée de 22 ans, prend la relève. « Je n’avais pas de projet précis, donc je me suis dis que j’allais m’en occuper quelques mois pour relancer l’activité et je verrais après. On ne pouvait pas tout perdre en même temps, maman et le hammam », raconte-t-elle avec émotion. Sa maman est partie trois mois après. Seule à la tête du hammam, Françoise voit à son tour des générations se rassembler rue de la Ré. « Des familles, des amies, des collègues, des mères et filles, toutes viennent ici », explique « la dame du hammam » comme aiment à l’appeler certaines clientes. À la reprise, des femmes la surnommaient même « la petite Sarah ». « Physiquement, je ressemble beaucoup à ma maman. Et je pense Le Hammam de la République la fin d’un doux rêve oriental aussi avoir un peu le même tempérament, assez speed, très gentille », lance-t-elle. La transmission de ce savoir-faire oriental s’est faite dès l’enfance. « De toute façon, le gommage que l’on fait au hammam ne s’apprend pas à l’école. Et nos soins, à base de produits naturels du Maghreb, sans parfum cosmétique, sont des recettes familiales et traditionnelles. On peut les modifier pour s’adapter à tous. » Françoise a apporté quelques touches personnelles à l’organisation du hammam, mais elle voulait incarner la continuité. Le hammam a continué de vivre et de grandir, porté par le souvenir de Sarah, dont la photo, à l’accueil, rappelle l’origine de ce rêve.
« Avant d’arriver face à un mur, je préfère arrêter »
« C’est bien évidemment à cause des charges qui ne font qu’augmenter que je dois fermer. Quand on a un hammam, on ne peut pas se permettre de proposer une pièce chaude à 19 degrés. » Mais aussi et surtout à cause de son statut de prestataire de services. Ce dernier la contraint à ne pas dépasser un certain chiffre d’affaires. Sinon, elle devrait développer l’activité. Mais elle ne veut pas s’obliger à vendre des produits à ses clientes, et proposer d’autres prestations qui ne seraient plus en adéquation avec son coeur d’activité ni son état d’esprit. « Avant d’arriver face à un mur, je préfère arrêter. » Une décision d’autant plus difficile qu’elle aime son métier, que l’activité ne manque pas de clientèle et qu’elle ne veut pas quitter ce lieu symbolique. Françoise, 35 ans, dont 13 d’activité au hammam, s’interroge : « N’est-ce pas le moment aussi pour moi de prendre un tournant ? » Mais elle ne part pas sans regret. Des larmes coulent quand elle évoque ses enfants : « Ils n’auront pas de souvenir du hammam de maman, qui était aussi celui de leur mamie ». Et elle pense aux clientes. Françoise a décidé de s’arrêter en mars, pour aller au bout de la saison d’hiver. « Quand les fleurs s’ouvriront, je partirai. »
