Le centre pénitentiaire de Bourg est l’un des 187 établissements que compte la France pour environ 80 000 détenus et 160 000 personnes suivies en milieu ouvert. C’est aussi plus de 41 000 agents en charge de la gestion. Le tout pour 3,3 milliards d’euros de budget en 2021. À Bourg, le centre compte 688 places et se divise en plusieurs parties avec chacune un rôle bien distinct. Nous trouvons la Maison d’arrêt, qui regroupe 388 places pour un nombre de 380 détenus. Cette partie rassemble toutes les personnes en attente de jugement avec une peine inférieure à 2 ans. L’autre moitié repose dans le centre de détention doté de 300 places pour 241 personnes hébergées. Ce dernier accueille les personnes ayant une peine supérieure à 2 ans. La prison dispose aussi d’un quartier de semi-liberté, d’un parloir, de cellules d’isolement et disciplinaires, d’un quartier radicalisé, d’une unité sanitaire, d’un gymnase, de salles de classe ainsi que d’ateliers. Au cours de notre immersion, nous avons pu échanger, observer, imaginer le quotidien de celles et ceux qui y vivent et travaillent ; issus de milieux différents et destinés à des missions qui le sont tout autant. La pluralité des postes en milieu carcéral est importante. J’ai rencontré ce père de 3 enfants, ancien menuisier, devenu surveillant pénitentiaire pour assurer son avenir professionnel. « Ici, notre métier n’est jamais routinier, explique le surveillant. L’administration permet l’évolution quels que soient les diplômes, de simple surveillant à directeur. » En 8 ans, il a déjà évolué sur 5 postes différents ! Mais également cette étudiante en droit désirant travailler dans la justice, passionnée par son métier de conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP). Le droit l’avait toujours intéressée, mais en plus de cela, elle était animée par la volonté d’aider, que ça soit sur le plan psychologique et éducatif. Elle ne pensait faire ce métier qu’un temps par peur d’être usée. Mais les liens sociaux tissés exceptionnels, ces parcours de vie si compliqués, l’ont motivée à poursuivre sa mission. Certains moments rares font aussi toute la magie du métier. Ce détenu qui arrive pour la première fois à verbaliser ses émotions face à elle. « Le CPIP doit être le visage humain de la justice », résume-t-elle.
Ne cherchez pas dans la prison burgienne les clichés des séries TV et films, faisant passer ces lieux clos pour des jungles avec des bains de sang quotidien. Certes, la violence existe, mais dans une tout autre mesure. Le personnel pénitentiaire veille et analyse constamment la situation. La solidarité est une valeur clé. Pour le surveillant comme pour la CPIP, une porte fermée est plus dangereuse qu’une porte ouverte. L’un ne saura pas voir ce qui l’attend de l’autre côté, l’ambiance, la menace potentielle. L’autre aura pour mission chaque jour de lever les verrous qui empêchent le détenu de s’exprimer. Plus la porte du dialogue sera ouverte, plus les solutions se feront nombreuses.
De la prison de Bourg jusqu’au sommet du Mont Blanc
Ils s’appellent Toumy, Fred et Michel, et ils ont tutoyé les étoiles. En septembre dernier, ces trois détenus du centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse ont gravi le Mont Blanc. Une épreuve physique, mentale aussi, comme symbole d’une renaissance. Sélectionnés pour leur condition physique et, bien sûr, leur comportement exemplaire,
ils ont pu gravir, au côté d’un surveillant, de leur moniteur sportif et d’accompagnateurs chevronnés, ce géant des Alpes jusqu’au sommet. Si l’objectif était ambitieux, leur volonté, elle, était absolue.
Sorte de défi personnel pour aller au-delà de soi, faisant fi de la peur et de la douleur, jusqu’au sommet. En haut, les pleurs et la fierté, surtout. Celle de n’avoir pas lâché et d’y être arrivés ensemble.
Le documentaire Vertiges, un pas vers la liberté est dispo sur Canal Plus.
