Posté le 26 novembre 2025 par La Rédaction

Ils sont toujours là, les Sibelle et les Cormarèche, mais ils ont perdu leur royaume. Sans poulets, sans chapons, sans poulardes, et même sans fermes, puisque, sans successeurs dans leur propre famille, ils les ont vendues à d’autres, qui ne font plus de volailles. Ils ne sont plus désormais qu’un souvenir, un formidable souvenir certes, mais déjà dans le passé de ces Glorieuses. Sans rien – sur ces terres de Curtafond où ils furent si triomphants – qui pourrait laisser croire que c’est comme avant, comme au temps de leur renommée d’il n’y a pas si longtemps, il y a deux ans pour Max, un an seulement pour Jean-Michel. Mais là, c’est fini. « The end », comme pour signer la fin dans les vieux westerns de naguère. Leurs noms n’apparaîtront plus parmi les lauréats des Glorieuses 2025. Alors que depuis 1972, depuis Régine Sibelle, la reine Régine, et Roger (son prince consort, décédé ces dernières années), puis Max Cormarèche, leur voisin à deux kilomètres, et Jean-Michel enfin, à la retraite de Régine, ils avaient triomphé partout, à Bourg, Pont-de-Vaux, Montrevel, mais sans aller à Louhans, où ils étaient jugés plutôt indésirables, indétrônables, quasiment hors concours… Curtafond contre Curtafond ! Il y a quelques semaines, en octobre dernier, ils ont posé pour la photo qui illustre cette chronique, avec, chacun dans les mains, un des trophées (des centaines) qu’ils ont remportés. Là, chez Régine, ils ont évoqué Antoine Rousset, ancien journaliste au Progrès à Bourg, rouvre les pages de son album souvenir. leur vie, leur passion, et même leur amitié (Max et Jean-Michel sont chacun parrains de l’une des filles de l’autre) durant leur activité professionnelle toute l’année à vendre leurs lots de volailles… sauf quand ils étaient, les Sibelle et les Cormarèche, concurrents tout en haut de l’affiche, durant les Glorieuses de décembre. Et là, c’était Curtafond contre Curtafond et chacun pour soi ! Aujourd’hui, il n’y a plus d’affrontement, Max raconte tout ce qu’il doit à sa compagne Éliane, fille d’éleveurs de volailles de Bresse (les Merle) dans un village voisin, et qui « roulait » déjà à 10 ans des poulets de concours au contact de sa mère qui lui avait tout appris. Puis, mariée à Max, c’est elle à son tour qui lui a révélé quelques secrets, et, depuis 1988, le couple a croulé sous les récompenses. Il faut entendre aussi Régine parler avec émotion, respect, de celle qui lui a transmis les bons gestes à accomplir. À plus de 80 ans, quand elle dit « ma maman », comme quand elle était petite fille, c’en est attendrissant. Il y a de la vénération d’une génération à l’autre. Lorsque Jean-Michel, bientôt retraité, l’interrompt dans la conversation, en posant une main affectueuse sur un bras de sa mère (intarissable, c’est normal), pour placer à son tour quelques mots, c’est presque en s’excusant. Et même si Roger n’est plus là, il n’est jamais oublié. « Mon père, dit Jean-Michel, ne parlait pas beaucoup, mais était efficace, infatigable à l’effort, effacé oui mais il voyait tout, savait tout. » Point final ! Comment voient-ils l’avenir de cette Bresse avicole AOC dont ils ont tout partagé si longtemps, et qui semblerait, du fait de son coût, n’avoir plus la même cote auprès des consommateurs, et qui baisse en nombre d’éleveurs et en production ? Même si désormais ce n’est plus directement leur affaire, on les sent un peu soucieux et préoccupés par des lendemains qui pourraient cocoricoter peut-être moins haut, moins fort, pour leurs collègues en activité. Mais eux ? Max, Éliane, Jean-Michel ? …N’auraient-ils pas pu, un peu plus encore, poursuivre cette belle aventure ? Ils nous parlent de leur fatigue après tant d’années au sommet de leur art, ainsi que de leurs enfants, des filles, trois chez les Sibelle, deux chez les Cormarèche, engagées dans d’autres professions, et pas vraiment disposées à prendre leur relais…. Non, il y a un point final à tout. Et nous, simple journaliste observateur qui les avons suivis dans leur fabuleux parcours en terre de Curtafond, depuis l’avènement de Régine et Roger il y a des décennies en ce royaume de Bresse, cela nous met l’âme en peine et le coeur triste. C’est vrai, on s’était habitué à eux, comme autrefois aux Cyrille Poncet, Sabin Mutin, Albert Vuillot, les « papes » avant eux. Oui, un grand bravo pour tout, les amis