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Antoine Rousset rouvre les pages de son album souvenir : Dominique et Dièse, le cœur malgache…

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Ce retour depuis Sausset-les-Pins en voiture jusqu’à Bourg ne m’avait pas paru long. J’en avais fait la remarque à celui qui nous avait ramenés ce jour-là – Jean-Pierre Peudepièce le photographe et moi – de ce reportage sur des classes de mer d’écoliers de l’Ain en bord de Méditerranée. À vrai dire, je n’avais pas tellement vu le temps passer, pas plus d’ailleurs que l’ami J.-P. P., mais lui pour une autre raison, car il avait fini par somnoler sur le siège arrière, bercé par le bruit du moteur du véhicule de Dièse. En cette fin des années 80, sur cette voie d’autoroute tant de fois empruntée, aux paysages et aux terres tant de fois vus et parcourus, notre chauffeur, Marcel Brasier (Dièse), parmi les responsables de la Fédération des oeuvres laïques de l’Ain à l’époque, nous avait raconté une bien belle histoire, son histoire, leur histoire, à lui et à Dominique sa compagne, et à deux enfants malgaches orphelins, devenus leurs enfants, qu’ils venaient d’adopter à l’autre bout du monde… Une histoire dont je ne risquais pas de me détacher un moindre instant durant tout ce long trajet, tellement elle était captivante à entendre, émouvante aussi, jusqu’à son terme, jusqu’à sa conclusion heureuse, jusqu’à ce que Pierre-Alain et Annabelle, le frère et la soeur (aujourd’hui eux-mêmes parents), soient là enfin, après tant de démarches, tant d’espoirs souvent déçus, tant de contrariétés heureusement sans irréversible gravité. Elle se terminait bien ton histoire Dièse ! Elle avait fait plusieurs centaines de kilomètres de bitume monotones, mais elle en valait la peine et tu y avais mis le point final juste à l’entrée de Bourg !

Revoir Madagascar
Et puis, par la suite, tout s’est enchaîné. Cette seconde vie, après qu’ils en aient connu une autre auparavant chacun de leur côté, Dièse déjà papa d’un premier mariage, et Domi, il ne fallait pas qu’elle reste confinée dans un petit coin de France, en Bresse. Il fallait, c’était leur volonté, qu’ils soient tous deux reconnaissants envers le pays de leur progéniture adoptive, reconnaissants avec cette formidable madame Zakariasi dans cet orphelinat où se trouvaient leurs petits, dont ils tenaient, quand ils seraient plus grands, à ce qu’ils retrouvent leurs racines, et retournent sur leurs terres d’origine, à Madagascar, chaque fois qu’ils en Antoine Rousset, ancien journaliste au Progrès à Bourg, rouvre les pages de son album souvenir. éprouveraient le désir. Ce fut leur choix. Et ça le fut toujours. Au fil du temps, du nombre des années. Apporter un peu, à ce pays où la misère est grande, un juste retour de ce que la Grande île leur avait apporté avec ces deux bambins, un jour il y a longtemps. C’était leur souhait. Une aide multiforme, à laquelle Dominique et Dièse consacrent une grande part de leur existence, et – pour Domi surtout – sans compter leur temps, les heures passées à préparer les évènements à venir, les repas à emporter de poulets coco ou samoussas, les ventes d’articles d’artisanat de là-bas, les envois de colis pour le centre Mada.Sou.Abé. d’Antsirabé, qui partent en container par bateau, avec, en plus, cerise sur le gâteau, tout cet amour dont ils font don sans répit.

Unir leur destin
Ce qui est le plus beau dans cette histoire que nous racontait autrefois l’ami Marcel, c’est qu’elle se perpétue, c’est qu’elle ait entraîné derrière elle les amis des amis, et d’autres amis encore, qui la font prospérer durablement, qui l’enrichissent, qui savent combien leur concours est précieux au moment où un coup de main est nécessaire pour fournir de l’aide à la préparation d’une manifestation prochaine. Au moindre appel, depuis ce petit pavillon de la rue Montesquieu, tout le monde répond présent. Et tout le monde se réjouit quand Dominique annonce au final, au moindre centime près, ce que tout ce long et beau travail de bénévoles a rapporté comme bénéfices à l’association. Des bénéfices versés en toute transparence à ce centre lointain dont chacun des jeunes Malgaches qu’il accueille profitera pour ses études, pour des travaux de restauration ou construction, et dans sa vie de tous les jours. Chaque année, ou presque, des Bressans, des proches de Mada.Sou.Abé. souvent, s’envolent pour Tananarive afin de connaître enfin ce Madagascar dont on leur a déjà tant parlé. Dominique et Dièse leur emboîtent le pas ou les y précèdent. Eux qui vont là-bas depuis tant d’années, attendus à chaque fois bras ouverts et tout sourire, dans un mélange d’admiration et de respect pour tout ce qu’ils font et ce qu’ils sont. Oui, il était une fois, dans l’Océan indien, un petit coin de terre ici sur la quatrième plus grande île du monde, et là, à des milliers de kilomètres, un autre petit coin de Bresse du continent européen, qui ont uni leur destin à travers des visages d’enfants et adolescents. Des liens indéfectibles.

Dominique (à gauche), en novembre dernier, faisant des achats sur le marché d’Antsirabé pour la vente de Noël 2025 rue Montesquieu.

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