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Antoine Rousset rouvre les pages de son album souvenir et vous parle de Dominique Cauquy

Quand il m’arrivait d’entrer dans sa boutique, autrefois située rue Pasteur, c’était rarement pour y effectuer de gros achats, un appareil dernier cri ou un matériel plus ou moins sophistiqué dont je n’aurais pas su que faire. Non, la plupart du temps, en un temps plus lointain, en un autre siècle, au temps d’une autre histoire de la photographie, au temps de l’argentique avant la prise de pouvoir du numérique, j’étais là pour la simple acquisition d’une pellicule Kodak noir et blanc. C’était tout. C’était rien, mais c’était bien. Parce que si j’avais la chance ce jour-là de l’avoir en face de moi, c’était que cette journée était placée sous un bon signe. Dans ce monde agité à être partout à la fois qui était souvent le sien, pris par de multiples occupations, aussi bien dans son métier que dans divers engagements par ailleurs, Dominique m’accueillait paisiblement par un « Bonjour Antoine, que puis-je faire pour ton service ? » sur un ton calme et un sourire aux lèvres. J’avais alors quelque scrupule à lui confier le but de ma visite, ce banal achat de pellicule photo, mais lui en profitait, qu’il ait le temps ou non, pour m’entraîner dans son studio à la découverte des nouveautés les plus récentes, me vantant les qualités de tel appareil à la technologie bien supérieure à tel autre, et qu’il avait testé lui-même bien sûr… Un puits de science photographique Dominique Cauquy, et je le sentais heureux de me guider dans son antre, comme il le fut encore bien davantage plus tard, quand d’autres évolutions apparurent dans sa profession. Ce jour-là je n’étais pas seulement un client qui venait acheter une pellicule photo pour un peu de monnaie, j’étais pour lui une sorte de courroie de transmission dans l’histoire de la photographie depuis Nicéphore Niépce. Oui Dominique, comme tu la racontais bien cette histoire !

Un cinéaste de talent
Dans sa jeunesse, en plus des leçons de son père Pierre (fondateur du Studio Herwey) qui l’avait le premier initié à la photo, il avait suivi des cours et passé un BTS à Paris, tout en entrant, presque simultanément, au cinéma des Armées durant 15 mois à Ivry. Le déclic de sa vie !
Revenu à Bourg, et à la tête d’une petite équipe technique et de comédiens amateurs de la région, il produisit des oeuvres de fiction de belle facture, comme L’Affiche, Petit Pierre, La Belle histoire d’amour, et surtout Les Papillons noirs, sur le monde des handicapés, grand prix international lors d’un festival à l’étranger. À ce moment-là, dans son entourage, on crut bien qu’un grand cinéaste allait naître, car il aimait vraiment passionnément se trouver derrière une caméra et plusieurs de ses courts-métrages attestaient qu’il avait incontestablement du talent. Dans les années 80, cette aventure s’arrêta là. Elle était trop coûteuse, et financièrement pas rentable. Il se contenta dès lors de films d’entreprise. Certes moins glorifiant, mais il lui fallait bien choisir. Plus tard, je lui avais demandé s’il pensait revenir à ses premières amours. N’avait-il mis qu’entre parenthèses ce cinéma qu’il affectionnait tant et qui le rendait heureux ? Sa réponse m’avait ému : « J’ai dans ma tête des tas de films qui sont faits, déjà tournés, rangés quelque part. Ils auraient sûrement bien marché, s’ils avaient plu ». Mais c’en était resté là.

Un grand professionnel
Et puis, il y avait dans ce parcours tous azimuts, un Dominique Cauquy qui aimait prendre du plaisir à piloter un hélicoptère en étant à l’initiative de la création de l’hélico-club de Bourg, entraînant avec lui quelques passionnés. Il y avait aussi un ardent défenseur du commerce local, à la tête de Client Roi par exemple. Il ne se battait pas pour ses propres affaires mais pour celles des autres aussi, en bagarre commerciale contre bien plus gros qu’eux… Et en cela, tant d’années après, rien n’a véritablement changé. Sa mort, dans la torpeur de la fin du mois d’août 2018, nous bouleversa. Peu de personnes savaient quel mal dans sa tête le rongeait depuis quelque temps. Ce grand professionnel, si plein de vie, d’idées nouvelles et de pur talent, nous quittait, à 69 ans, quasiment brusquement, il y a presque huit ans. Vint alors le temps des souvenirs. Le temps où il évoquait – ô combien visionnaire – l’avenir de son métier. « Certes, me disait-il, le numérique a déstabilisé la clientèle, il est devenu dans l’entreprise ce que le traitement de texte est au cœur de l’informatique. Il est de plus en plus fiable, on ne pourra plus s’en passer. » Mais il concluait : « Je suis sûr pourtant que c’est toujours le photographe qui fera la différence, le reste est dérisoire… »

Patrice Buatois, qui a longtemps travaillé aux côtés de Dominique Cauquy, et qui est responsable de Studio Herwey situé 5 rue Cassin, nous a adressé cette belle photo de Dominique, caméra au poing. Un bel hommage par la photo.

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