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Au CFA du BTP, le métier du cœur pour les dames de carreaux

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Elles sont jeunes, brillantes, dynamiques et vivent déjà leur deuxième vie professionnelle : Manon, Tessy et Lisette forment un sacré trio de carreleuses ! Apprenties au CFA du BTP de l’Ain, elles participent au concours Je filme le métier qui me plaît. L’occasion de mettre en avant leur parcours atypique.


Sur les écrans du hall d’accueil au CFA des Vennes, les apprentis s’arrêtent de temps en temps, intrigués, pour jeter un coup d’oeil à la vidéo qui passe en boucle : Les dames de carreaux. Une saynète qui met à l’honneur trois jeunes femmes en perte de sens dans leur travail. Elle sera présentée en grande pompe au cinéma parisien Le Grand Rex, à Paris, le 27 mai prochain. Avec, au-delà des strass et du tapis rouge, l’espoir d’une victoire aindinoise. Avant de commencer à retaper la maison qu’elle venait d’acheter, Manon Maréchal n’avait « jamais tenu une visseuse de sa vie », mais la jeune femme s’est prise au jeu. « Initialement, je devais seulement casser une cloison et refaire quelques peintures, confie-t-elle. Cependant, au bout de quelques semaines, j’ai décidé de tout reprendre à zéro : chape, plomberie, électricité, isolation, réagencement des pièces… J’étais complètement novice en la matière, mais avec l’aide de mes proches, j’ai pu le faire. » Comptable de formation, diplômée d’une licence d’assistante de gestion, rien ne la prédisposait aux métiers du bâtiment. Et pourtant, durant cette période de travaux, elle a revu le film de son parcours scolaire défiler sous ses yeux. Comme beaucoup de jeunes à l’aise à l’école, elle avait suivi une voie « classique » jusqu’au Bac. Sans conviction, et surtout sans passion. Le déclic est venu et la voilà ravie de sa nouvelle vocation.


« J’étais perdue »
Comme elle, Lisette Duvernay avait d’abord opté pour des études générales. DUT de gestion des entreprises, bachelor en webdesign. Elle se savait plutôt créative, mais l’idée de travailler de ses mains ne lui avait pas traversé l’esprit. Elle avoue s’être ellemême auto-censurée. « Je me disais que ce n’était pas pour les filles, je cultivais un certain nombre de clichés », souffle-t-elle. Comme ses deux consoeurs, Tessy Schatz se cherchait après un Bac STMG. « Initialement je voulais être prof de sport, mais ça s’est mal passé. Et je ne voulais pas travailler dans un bureau », tranche-t-elle. Un papa bricoleur ou artisan peut parfois être une source d’encouragement ! Lisette et Tessy préparent un CAP accéléré en un an, tandis que Manon, après l’avoir obtenu l’an dernier, poursuit son parcours en brevet professionnel, histoire de se perfectionner.

« Elles sont minutieuses et à l’écoute »
Christophe Maldini, formateur en carrelage au CFA, se ravit de cette nouvelle vague féminine. « J’ai dû former quatre ou cinq filles en deux décennies, mais ça s’est accéléré ces dernières années, observe-t-il. C’est très agréable de les accompagner car elles sont précises, minutieuses et à l’écoute. Elles se font très vite accepter par la qualité de leur travail. » Idem en entreprise, où le milieu du bâtiment, réputé porté sur des valeurs viriles, voire machistes, leur a réservé le meilleur accueil, malgré la curiosité qu’elles pouvaient susciter à leurs débuts. « C’est parfois dur physiquement, surtout quand on doit porter des grands carreaux », relèvent-elles. « Heureusement, on profite parfois de la galanterie de ces messieurs », sourit Manon. Après la surprise des débuts et les remarques du genre « T’es folle, t’étais bien plus tranquille dans ton ancien boulot ! Tu vas t’user les genoux », elles ont toutes trois trouvé leur place.

Une tendance à la féminisation du bâtiment ?

Au CFA, une trentaine de filles sont accueillies comme apprenties, soit un peu plus de 3 % des effectifs. On les retrouve principalement dans les métiers de la finition (peinture, carrelage, menuiserie, métallerie) et parfois en travaux publics. C’est peu, certes, mais c’est aussi de mieux en mieux. L’établissement bressan travaille sa politique de communication pour briser le tabou, avec notamment des journées d’accueil et de visite des locaux spécialement organisées pour les collégiennes qui cherchent une orientation. Dans son dossier présenté aux Talentueuses, un autre concours auquel elle a participé, la carreleuse Manon écrivait : « Si j’avais une baguette magique, je donnerais de la confiance en soi aux jeunes filles et aux femmes en général qui n’osent pas se lancer dans une filière prétendument réservée aux hommes ». Abracadabra.

Worldskills : les garçons brillent aussi
Parfois, les garçons du CFA boudent un peu en voyant les filles à l’honneur. « Et nous alors ? » interpellent-ils, malicieux. Ces messieurs ne sont pourtant pas en reste, puisque le jeune carreleur aindinois Mathias Champier a remporté les sélections régionales des Worldskills, devançant trois autres compères de l’établissement burgien. Il représentera donc l’Ain et la Région AURA à la finale nationale, à Marseille, en octobre prochain.

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