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Ces Burgiens qui ont quitté la France pour le Canada

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Grâce à l’immigration encouragée pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre, le Canada a franchi la barre des 41 millions d’habitants cette année. Eldorado professionnel, multiculturalisme… Portraits de Burgiens devenus Canadiens. 

Marion Chemla : « Ma vie a commencé au Québec »
Marion Chemla a quitté Bourg-en-Bresse en 2015 et n’est depuis, jamais revenue. « Mes parents rêvaient de partir au Canada pour les opportunités d’études et de travail. On a fait une demande de certificat de sélection, nous autorisant à immigrer ici. » À 13 ans, elle doit alors dire adieu à ses proches. « Même si j’étais très contente de ce départ, ce changement de vie m’a quelque peu perturbée », se souvient la jeune femme. Arrivée à Montréal, la famille est accueillie à bras ouverts. « On a tout de suite été fans de l’ambiance à l’américaine et de l’ouverture des gens. Dans le métro, des inconnus portaient nos valises, certains faisaient même la queue avant de monter dans le bus. Il y a une confiance en la nature humaine. » L’ancienne élève du collège St-Pierre de Bourg, travaille au Club Med de Punta Cana l’été, et poursuit ses études l’année. Sa sœur passait, elle, le barreau l’an dernier. Pour ses parents, il fallait aussi retrouver les bancs de l’école. « Malgré les compétences et les 20 ans d’expériences de ma mère en psychologie, ses diplômes n’étaient pas reconnus. Elle devait obtenir une équivalence pour exercer son métier dans la Province. Mon père, lui, travaillait en tant qu’ingénieur et a dû lui aussi reprendre ses études. » L’hiver, Marion passe la saison sous les -40… « Je passe ma vie sur la glace. Je suis tombée amoureuse de Vancouver et de sa côte ouest. » À Montréal, ville cosmopolite, la Franco-Canadienne s’exprime majoritairement en anglais et apprend les expressions québécoises. « Même si j’ai gardé mon accent français, je suis autant française que canadienne, si ce n’est plus canadienne. J’estime avoir commencé ma vie au Québec et j’espère la poursuivre », avoue l’étudiante. Mais contrairement à la métropole, les forfaits téléphoniques et Internet sont hors de prix : « 40 dollars pour 5 Go… C’est tellement cher ! De plus, le système d’éducation est beaucoup trop laxiste. Je voulais faire professeure des écoles et cela m’a un peu freinée ». Et même si Marion n’est pas encore retournée là où elle est née, la Burgienne ne ferme aucune porte à un retour dans les prochaines années. « Tout dépendra des personnes que je vais rencontrer et des opportunités de travail. Mes proches vivent toujours en France, donc j’aimerais voir comment le pays a évolué, la mentalité aussi. »

Gabriel Kotkowiack et Astrid Raveyre : « La façon de travailler en France ne nous convenait plus »

C’est dans leur village de 700 habitants, à Hautecourt-Romanèche, que Gabriel Kotkowiack et Astrid Raveyre ont grandi avec leurs deux enfants. Sur un coup de tête il y a un an, le couple décide de quitter la région pour la ville de Québec et ses 500 000 habitants. « La façon de travailler en France ne nous convenait plus, l’insécurité non plus. Étant donné que le Canada est l’un des pays les plus sécuritaires, on avait envie de vivre une aventure extraordinaire. On part toujours du principe que l’on n’a qu’une seule vie et qu’il faut la remplir », affirme Astrid. « J’apprécie les méthodes de management nord-américaines. Tout le monde apprend des autres et s’écoute. Il y a beaucoup de respect », poursuit Gabriel. Conjuguer vie familiale et professionnelle, c’est surtout ce qui a convaincu ces Aindinois de s’installer dans la vieille capitale. « En France, je revenais toujours fatiguée de mes journées, c’était une charge mentale énorme, et puis j’étais tout le temps énervé. Désormais, cette colère en moi a disparu, je suis plus épanouie, heureuse de vivre. L’ambiance est aussi positive. » Dans la Belle Province, l’ancienne métrologue trouve parmi les milliers de postes à pourvoir, une formation de dessin en bâtiment. Une reconversion bienvenue. « Je gagnais extrêmement bien ma vie en métropole, mais au Québec, je voulais exercer un métier qui serve à la communauté. » Son compagnon lui, est resté dans le domaine de l’industrie. « J’ai trouvé un poste dans la fabrication des lampadaires, donc j’ai commencé en tant qu’assistant assembleur avant de devenir directeur de production. En trois mois, j’ai dû faire mes preuves pour monter les échelons. Cela peut-être un peu frustrant au départ, mais il faut parfois ravaler sa fierté. Je connais des Français qui n’ont pas voulu passer par cette étape et ne sont toujours pas à la place qu’ils peuvent occuper en France. » Le territoire était aussi pour leur fille de 24 ans l’opportunité de rebondir. « Elle n’a jamais eu son Bac, alors quand il a fallu reprendre ses études, c’était extrêmement compliqué. Cette année, ma fille a reçu son premier diplôme de secrétaire, donc c’est une vraie réussite. On sent que chaque enfant a sa place et apprend à son rythme. On pousse toujours au succès. » Cette réussite, la famille la doit en partie à Objectif Québec, une entreprise qui accompagne les futurs arrivants dans leurs démarches. « Il est important de bien s’informer pour avoir une meilleure idée de ce qui va nous arriver ! », confie Gabriel Kotkowiack. « Je n’avais jamais rêvé du Canada, moi, j’aime mon pays avec ses valeurs patriarcales et sa cuisine inégalable. Si je pouvais avoir la vie que j’ai ici, en France, ce serait le paradis ! » renchérit Astrid Raveyre.

Alicia Roche : « Le fait d’avoir la citoyenneté canadienne me donne un esprit plus ouvert »

Après 21 ans de vie en France, Alicia Roche tente sa chance dans la Belle Province en 2010.« Je suis partie faire des études d’éducatrice spécialisée à Québec, puis je suis finalement restée, car les métiers dans la santé et le social sont en déficit. J’ai été embauchée après mon stage. » Un moment aussi où la Burgienne ressent le besoin de se retrouver. « Quitter son pays pour un autre, c’est faire preuve de courage. Je me suis surpassée, mais à l’avenir, je ne sais pas si je partirai dans un autre pays comme je l’ai fait pour le Québec. » Là-bas, elle s’occupe de la gestion de crise des élèves dans une école primaire, échange avec eux, règle les conflits et soutient les professeurs dans certains apprentissages. « Les apprenants sont toujours impressionnés par mon accent français, ils me posent souvent des questions et veulent même me présenter à leurs parents ! » Dans la Province, elle se sent à sa place et se fond dans la culture. Son plat préféré ? La poutine, bien sûr. « Je ne la cuisine pas, je préfère la manger au restaurant ! » Et ses amis, sont principalement canadiens. « La façon dont on te parle, dont on t’observe est différente. En France, on te juge avant de te connaître. Ici, un couple d’amis m’a adoptée et m’a aidée à garder le cap. C’est un peu comme une seconde famille », confie-t-elle avec émotion. Mais sa première famille lui manque, alors elle décide il y a quelques mois de prendre une année sabbatique et de retourner en métropole. « Je veux prendre du recul sur mon métier, me recentrer et lâcher prise. Savoir comment on intègre les élèves en difficulté, mais aussi partager mes acquis. J’ai l’impression d’avoir beaucoup de pression sur mes épaules, donc ce retour m’évitera de faire un burn-out. Il y a énormément de projets pour aider les familles, mais c’est difficile de les concrétiser, car je n’ai pas assez de temps, ni de moyens », reconnaît Alicia. « Même si je suis très heureuse, je n’ai pas encore trouvé le bonheur. Je voulais être en couple, avoir des enfants, une maison, ce que je n’ai pas pour l’instant. J’ai des projets de vie qui ne se réalisent pas encore, car rien n’est facile, que ce soit en France ou en Amérique d’ailleurs. » L’éducatrice spécialisée encourage donc les élèves à croire en leurs rêves et à suivre leurs envies. « Je veux qu’ils comprennent que la vie n’est pas tracée, on peut faire des détours, arrêter les études, les reprendre, changer de carrière. Actuellement, ce n’est pas anodin. » Alors que 50% des Français quittent le Canada après huit de vie là-bas, Alicia vivra-t-elle sur le territoire toute sa vie ? « Oui, mais on en reparle dans un an ! sourit-elle. Je veux voir où j’ai le plus de possibilités pro. Le fait d’avoir la citoyenneté canadienne me donne aussi un esprit plus ouvert. »

Marc Martin : « Il faut connaître trois hivers pour voir si l’on est capable de vivre au Québec »

Il a vécu 10 ans dans la Belle Province et y retourne chaque année. Le Burgien Marc Martin n’a jamais vraiment quitté le pays qui l’a adopté. « J’ai fait une année sabbatique à Montréal et j’ai noué des liens avec les Canadiens. Durant mon périple, certaines personnes rêvaient de venir au Canada, car ce pays suscite l’espoir… Alors j’ai commencé à organiser des voyages pour des groupes français, auprès d’une agence et je les accueillais à l’aéroport. » À Montréal, l’ancien instituteur remplaçant prend alors des cours d’anglais à l’université McGill. « Le système d’enseignement développe l’autonomie des jeunes. On essaye par tous les moyens de valoriser les élèves, on ne les casse pas, on ne juge pas quelqu’un sur ses notes, mais sur son comportement, son caractère. » Et de poursuivre. « À mon arrivée, je n’avais pas de papier, donc j’ai fait une demande de permis d’études. Je voulais connaître ce que vivait un immigré. J’ai obtenu la résidence permanente qui atteste que l’on a vécu ici plus de 3 ans et enfin la citoyenneté. À ce moment-là, j’ai vu des réfugiés, des gens du monde entier pleurer… » Sa double nationalité en poche, Marc profite de son temps libre pour faire de la raquette et de la motoneige. « Immigrer au Canada n’est jamais facile, il y a toujours des défis à relever. Il faut connaître trois hivers pour voir si l’on est capable de vivre au Québec. » De retour en France, en 2002, Marc poursuit ses fonctions au sein de l’Éducation nationale en tant qu’auxiliaire de vie scolaire et anime avec les associations Ain et France Québec des soirées d’informations. « Beaucoup croient que le Québec, c’est la France. Mais non, ce n’est pas la France, ce sont des Nord-Américains qui parlent français. » Et chaque année, le Burgien retrouve l’aéroport international Montréal-Trudeau comme s’il n’était jamais parti. « À ma retraite, en 2010, je voulais retourner là-bas pour y vivre, mais pour des raisons professionnelles et familiales, je n’ai jamais franchi le cap. Puis le système de santé m’a un peu freiné. Beaucoup n’ont pas accès à un médecin généraliste. Si on n’a pas les moyens de se payer le privé pour être traité rapidement, il faut parfois attendre 12 à 14 heures aux urgences, alors je pense à ma santé avant tout ! »

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