Parmi le trio de tête des établissements aindinois, Lalande a la réputation d’être un très bon lycée. Et les clichés ont la peau dure. « Le fait d’être en centre-ville, sans voie technologique, le poids de l’Histoire avec la part active jouée pendant la Résistance, Jérôme Lalande et notre prépa scientifique – la seule dans l’Ain… identifie la proviseure Éliane Magurno-Peinnet, sont autant de freins psychologiques à la mixité et à la démocratisation du public dans notre établissement. » Certains élèves eux-mêmes s’interdisent de le demander et préfèrent, parfois sur les conseils de leur entourage ou du collège lui-même, opter pour une autre voie. Mais « tout le monde a sa place ! » plaide la cheffe d’établissement. Si l’affectation des élèves est l’affaire de l’Inspection académique, sur la base d’un algorithme informatique, elle résulte aussi des vœux formulés par les élèves. « Une majorité arrive ici en premier vœu ; beaucoup depuis Saint-Pierre. »
Le Bac, et après ?
Les quelque 1 300 élèves du lycée Lalande, âgés entre 15 et 18 ans – 20 pour la prépa -, passent ici leurs seconde, première et terminale à préparer le diplôme du baccalauréat. « Une étape plus qu’une fin en soi » insiste la proviseure, soucieuse de garantir à tous de s’épanouir dans une voie adaptée. Que de parcours différents, donc, menant tantôt à la révélation du potentiel in situ ou à une réorientation. « L’essentiel est d’oeuvrer dans l’intérêt de l’élève, et dans le droit commun. » Au-delà du développement de compétences académiques, l’équipe accompagne chacun dans sa construction comme adulte et citoyen à travers des projets, culturels notamment, permettant de s’engager au service de causes diverses. Sans compter les spécialités : arts plastiques, éducation physique, pratiques et cultures sportives, histoire-géo, géopolitique et sciences politiques, humanités, littérature et philosophie, mathématiques, physique-chimie, sciences informatiques, d’autres encore ; venant conforter une appétence pour telle ou telle matière et poser les jalons d’une orientation future. Car tel est l’enjeu en sortie de lycée : accéder à la plate-forme Parcoursup et formuler ses voeux pour s’orienter vers des études supérieures. « La note du Bac aujourd’hui, c’est 40 % de contrôle continu et 60 % d’épreuve terminale. La question n’est pas de savoir si l’on aura le diplôme ; plutôt ce que l’on fera après. » Et tout compte, au moment de valoriser son parcours. Les résultats certes, mais aussi sa participation à la vie du lycée. Une approche pluridisciplinaire qui donne plus de sens aux actions quotidiennes, et prépare les élèves au monde professionnel. Dans une société où il faut à tout prix montrer, prouver et réussir, les jeunes doivent passer outre les injonctions, comprendre qu’une vie en promet 1 000 différentes et que les trajectoires empruntées sont autant d’occasions d’engranger de l’expérience. « La santé mentale me préoccupe davantage que le Bac », confie Éliane Magurno-Peinnet. Et c’est le rôle tout entier du lycée que cela interroge. Rempart ou catalyseur, au service de l’éducation, de l’émancipation, de l’épanouissement ? Vous avez 4 heures.
