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Du Sport-club… au stade Roger-Deguin : une vie autour de la « maman » et du « papa »

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Antoine Rousset, ancien journaliste au Progrès à Bourg, rouvre les pages de son album souvenir.

Peut-être aurait-on pu l’inscrire au patrimoine de notre petite humanité locale pour lui conserver ses murs, sa façade, ce qui aurait rappelé à tous les passants de ce siècle qu’il avait bien existé, ce Sportclub, dont on leur parle encore parfois, mais sans toujours bien le situer, alors qu’à Bourg autrefois, il était connu de tous. En fait, à quoi servirait-il vraiment qu’on le retrouve tel qu’il était dans cette rue Notre-Dame, à quelques mètres de la cathédrale, puisque ceux qui en étaient l’âme depuis des décennies, le « papa », la « maman », et Juliette, ont disparu eux aussi ? Même si un retour dans le temps vaut la peine que notre mémoire fasse ressurgir toutes ces belles années passées à leurs côtés, il n’empêche que ce Sport-club, sans eux, sans les Deguin, sans l’ambiance qu’ils y faisaient régner depuis 1957, n’aurait pas le même impact aujourd’hui dans nos souvenirs… Il y avait lui, Roger, appelé Jules parfois, rarement patron, surtout « papa ». Il y avait elle, son épouse, dont on n’a jamais vraiment su qu’elle se prénommait Jeanne- Marie ou Renée, mais qui était la « maman » pour beaucoup. Et il y avait Juliette, la salariée amie de la famille, un peu partout à la fois, au PMU tous les jours, au comptoir plus souvent l’après-midi, à l’écoute et au soutien des trois enfants du couple, Colette, Annie et Michel, après le décès en 1946, à l’âge de 3 ans, de Jean, percuté par une voiture à quelques mètres d’un premier commerce de ses parents rue Joffre…

Vie de famille

Une fois présentés les personnages « historiques » de cet établissement ouvert tôt fermé tard, il y a tous ceux qui en faisaient la vie. Les sportifs, pratiquants ou non, commentant les résultats du week-end et les rencontres à venir, tous les turfistes de la ville, plongés dans leurs paris, des pensionnaires de midi autour de la grande table de la cuisine dans l’arrière-salle, et qui, aux premiers contacts, se liaient d’amitié, en chassant le blues que l’éloignement de leur famille pouvait susciter. Avec le fils cadet, Michel, seul survivant aujourd’hui de cette saga familiale, on se souvenait tous les deux, il y a quelques jours, de ce pion de lycée, qui, le porte-monnaie provisoirement à sec, s’en était confié à Roger à l’heure du repas. Et le « papa » de lui répondre : « Va voir en cuisine, la « maman » te fera à manger »… Sans qu’on le lui demande plus tard, ce même pion (ou un autre) pouvait proposer son aide bénévole pour les devoirs du soir des enfants, quand les parents étaient bien trop occupés par ailleurs… C’était ça aussi la générosité du Sport-club. Une atmosphère. Une entraide. Une camaraderie. Un soutien pour un moral défaillant. Une famille. Et on était bien dans cette famille. On n’était jamais seul.

Des Oscars et un stade

La passion de Roger pour le monde sportif n’était pas exclusive à un sport plus qu’à un autre, elle était multiple. Et dans son coeur il n’y avait pas de place à part, pas de chasse gardée. Quand il avait lancé ses Oscars, sous la forme d’une jolie pièce d’orfèvrerie, il ne faisait pas de différence pour les décerner entre compétiteurs champions de la ville (comme Daniel Morelon en 1964 qui reçut le premier) et ceux dont le dévouement pour leur sport était irréprochable. Cela donnait lieu à de petites cérémonies assez intimes en soirée, au Sport-club bien sûr, empreintes d’une ambiance simple et chaleureuse. Cet Oscar, pour ceux encore qui s’en souviennent, était devenu un rendez-vous incontournable. Est-ce parce que son fils Michel passa une grande partie de sa jeunesse sur les terrains d’athlétisme, à Bourg comme à Paris, où il s’y fit remarquer, en saut en longueur notamment ? Mais ce qui lui tenait à coeur à Roger – et il se battit beaucoup pour cela – c’était la réalisation d’un véritable stade d’ « athlé » dans sa ville. Ce fut fait vers la fin des années 80, et il fut inauguré en avril 90. Le stade de la Chagne. Un stade à son nom, lui qui fut président de l’EAB de 71 à 77 et en 86 aussi. Le stade Roger-Deguin. Roger, le « papa », mort deux ans plus tôt. À seulement 67 ans. La veuve de Roger, la « maman », était là à cette cérémonie qui fut un grand moment d’émotion. Quelqu’un rappela que Roger avait été Résistant durant la guerre. Ce qui en surprit plus d’un, car il n’en parlait jamais…

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