En prévision de la rentrée, les 6e avaient rendez-vous pour la présentation du dispositif Sentinelles et référents… Un programme de lutte contre le harcèlement à l’école, mis en place depuis quatre ans au collège du Revermont. Portrait-robot d’un phénomène qu’ici l’on met KO !
« NAH » titrait l’écran en préambule, comme un pied-de-nez, une revanche sur la violence. NAH, en fait, c’est Non au harcèlement, le nom du concours porté par l’Éducation nationale et invitant les jeunes à sensibiliser au harcèlement par le biais d’affiches ou vidéos dans le cadre du programme national pHARe. Le film que les collégiens du Revermont ont créé, avec le soutien de leur prof en audiovisuel Mme Girel, c’est Mauvaises notes. « Et il a fini 2e au départemental ! » saluaient Cécile et Grégoire, à l’animation de la rencontre. La projection du film a permis d’ouvrir le débat, de jauger la bonne compréhension du message et de dresser le profil type d’un cas de harcèlement. Ainsi faut-il trois protagonistes : la victime, un ou plusieurs harceleurs, et un témoin. Une notion de répétition. Et un effet d’isolement pour la victime. En l’espèce, dans le clip… un groupe s’en prend à un très bon élève par jalousie. « On ne voit pas d’adulte. Pourquoi, à votre avis ? » sonde Grégoire. Les mains de se lever dans l’assemblée : « Les harceleurs ont fait en sorte qu’il n’y ait pas de témoin… » Bonne réponse. Comment s’y prendre, alors ? Au premier rang, des volontaires ont proposé deux mises en scène, qu’après-coup chacun analysait pour y suggérer d’autres fins. La première à la cantine, avec un binôme complice volant au troisième une part de son repas. La seconde en classe, un binôme toujours s’amusant à lancer des boulettes de papier dans le dos du prof. Dans le premier comme le second cas, le troisième élève est victime, car tantôt spolié de son déjeuner ou empêché de suivre correctement les cours… Dans l’un et l’autre, un dilemme : celui de se taire ou de parler. D’endurer ou dénoncer, au risque de subir des représailles plus tard et à l’écart des regards. Pourtant « il faut en parler ! » ont martelé Cécile et Grégoire, profitant des situations concrètes pour introduire Sentinelles & référents ; et détailler le rôle de chacun. L’élève qui observe une situation de harcèlement, comme l’adulte à qui l’on en réfère, sont effectivement liés par un pacte implicite avec la victime… Celle de venir à son secours en l’aidant à en parler. « On nous forme pour ça » exposent les référentes au collège Mmes Rousset et Camus, que Cécile Lamure a rejointes, affinant chacune leur art du dialogue et de la conciliation. « Il ne faut pas attendre que ça s’installe et rester dans son mutisme », encouragent-elles, fortes de méthodes rhétoriques redoutables pour faire cesser les agressions une fois pour toutes. « La priorité, c’est de redonner confiance à la victime. » De lui donner les outils pour être plus solide et savoir réagir seule. « Avoir de la répartie, relève Marianne Guillemot en principale, c’est être capable de répondre sans agresser. Savoir endiguer l’attaque, sans blesser en retour. » Et c’est art délicat, quand on n’a pas 15 ans. « L’essentiel, résume le trio, c’est que la victime fasse elle-même 51 % du chemin. Pour les 49 autres, elle pourra compter sur nous. »
L’enjeu des réseaux sociaux
« Beaucoup de tensions naissent le soir et les week-ends », note Mme Guillemot, dont les effectifs ont quasi tous un téléphone… dès 11 ans. « Sur les réseaux, on se permet des choses que l’on n’oserait pas dire, ni faire en face. » Aussi les équipes pédagogiques veillent-elles à rétablir le dialogue chaque jour en désamorçant d’éventuels conflits nés en ligne et amplifiés par la bulle digitale. « À nous de faire la part des choses entre des mots prononcés et leur chance de prendre un tour concret au collège, dans la vraie vie… C’est tout l’intérêt de bien connaître nos élèves pour juger des chances ou non de passer à l’acte et harceler un camarade jusque dans l’enceinte de l’établissement. » Madame Guillemot le sait, l’initiative ne règlera pas le problème – car il dépasse largement le cadre scolaire -, mais à la rentrée, les élèves seront tenus de laisser leur téléphone à l’entrée et ne le récupéreront qu’en fin de journée. Quant à l’usage qu’il en est fait hors les murs… En attendant, et comme remparts, sentinelles et référents veillent. Sur tous les terrains.