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Harqa, le doc’ « brûlant » de Jilani Gorrab à l’Amphitorium

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Il s’est saisi depuis Bourg d’une problématique valant à chaque frontière… Le mouvement clandestin d’hommes, femmes et enfants, par-delà les mers, montagnes et déserts, jusque dans le pays d’en face ou d’à côté. Pour la promesse d’une vie meilleure, toujours. Au péril de leur vie, souvent.

Harqa, ce qui nous consume. C’est le nom du documentaire produit par Jilani Gorrab. Un Burgien fort déjà d’un premier film tourné en 2022 auprès de femmes de la communauté Emmaüs : Nourrir l’espoir, ne pas subir, avec la complicité de Bernadette Perraud (Solidarité migrants, Cent pour un toit)… partie prenante évidemment de ce nouveau projet, car touchant à l’essence de son engagement militant ! Si le premier film a permis de donner la parole à celles et ceux que l’on a empêchés de rester en France – sous le coup, donc, d’une obligation de quitter le territoire – celui-ci la donne à ceux qui restent, après le départ précipité, parfois secret, de migrants vers l’Europe… et l’issue tragique de leur entreprise. Avec délicatesse, pudeur, indignation aussi, Jilani rend en images le silence et l’absence de ceux qui ne sont jamais arrivés. Une réalité que du bon côté de la frontière on sait, sans vouloir trop la voir ; et que de l’autre on endure. Parce que c’est un frère, un père, un cousin qui embarque, vogue et devine les lumières de la côte, sans pouvoir la rejoindre.

Par l’image, Jilani lève le voile. Sur un phénomène oui, mais surtout ceux qui l’incarnent. Les perdus en route. Les presque arrivés. Les empêchés. Morts ou disparus. Autant d’âmes en suspens, dans la mémoire des leurs. Dans les chaussures, biberons et restes échoués sur les plages… De ce que la Méditerranée rend d’eux, Chamesddine, Mohsen et tant d’autres, font le support de leur hommage. « Les morts nous obligent. » De quelque manière que ce soit. La construction d’un cimetière aux inconnus, où l’on vient chaque jour déposer une peluche à l’enfant mort avant d’avoir vécu. Celle d’un musée où l’on entasse vêtements, filets, bouées, bouteilles – celles jetées dans l’espoir que quelqu’un lise, de l’autre côté. Des textes, et mille pensées… Sur la migration, Jilani met un visage, un nom, une vie, une famille autour. À chacun il rend sa dignité à travers les mots de ceux qui en parlent. Latifa, refusant que l’on considère mort et prie pour son frère, depuis ce jour où il a raccroché, sur le bateau, à quelques vagues encore de l’arrivée. Cristina, contant l’itinéraire de Blessing et deux compagnons de route jusqu’à Briançon, sa poursuite par les garde-frontières, sa chute dans la rivière chargée des fontes en amont, à quelques pas encore d’un refuge où, enfin, ils auraient pu souffler. Et ces rassemblements, à Bourg-en-Bresse, Tarifa, Briançon donc et Calais : partout où l’on bafoue l’une des libertés fondamentales de l’être humain – celle de pouvoir circuler librement – au motif des dérives qu’elle pourrait engendrer.

Bien sûr, Jilani, « Bern », la foule de militants avec eux, dénoncent. Montrent ce que l’on ne veut pas voir et crient ce que l’on ne peut pas taire. « C’est une équation impossible » que celle à laquelle on tente de se vouer. Par peur. Lâcheté. Mais toujours avec aplomb. Alors avec Harqa, Jilani vient prendre la parole. Plaider la fraternité, l’humanité. Faire entendre la gronde. Mobiliser, faire bouger les lignes, tomber les frontières. Pour que vivent les Hommes et demeure leur dignité. « Ce film devait être fait par principe. Comme pour nettoyer la tombe de ceux qui (s)ont échoué(s). »


Harqa, ce qui nous consume
Projection-débat, vendredi 27 juin, à 20 h à l’Amphitorium, Bourg
Entrée libre Vendredi 26 septembre, à 20 h au festival des Mauvaises herbes à Journans

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