Antoine Rousset, ancien journaliste au Progrès à Bourg, rouvre les pages de son album souvenir.
En préambule, sachez que tout ce qui suit a été écrit à son insu. De peur que, par modestie, il nous stoppe dans notre élan à vouloir parler de lui, et que tous ceux qui l’aiment bien, qui l’estiment, ne puissent le retrouver ici tel qu’on l’a toujours connu… Ceci dit, je n’ai jamais rencontré quelqu’un racontant les histoires, n’importe quelles histoires, aussi bien que lui. Des histoires drôles, bien sûr. Des histoires à vous en faire pleurer. De rire. Des histoires dont il s’amusait lui-même en les racontant (et même encore parfois), ce qui leur donnait encore plus de force comique, en ménageant toujours un peu de suspense jusqu’à l’explosion finale.
Des histoires sans fin, car aussitôt l’une achevée (qui vous a fait hoqueter de plaisir), une autre prenait le relais dans un enchaînement diabolique. S’il avait fait de la scène, son public, hilare, l’aurait imploré d’arrêter – parce que de rire autant ça épuise – mais supplié pourtant, s’il lui en restait encore une ou deux de plus à raconter, à ne pas le laisser ainsi, à moitié en larmes et à moitié en rires, pas suffisamment rassasié, à lui en redonner encore, comme une sorte de rab à la fin d’un plat qui était tellement bon.
La voiture par passion
Comme ce 30 avril de je ne sais plus quelle année, mais c’était un 30 avril, on ne peut pas se tromper, parce que le lendemain, le 1er mai, le journal ne paraît pas et que les journalistes s’octroient la veille un jour de liberté. Et ce 30 avril là, pour la sortie qu’on s’offrait, on avait choisi les caves du Beaujolais et une visite d’un temple bouddhiste en Saône-et-Loire. On avait pensé à un minibus pour cette balade et à un chauffeur pour le conduire. Le chauffeur c’était lui, et on ne pouvait pas mieux tomber. D’abord pour ses talents de conducteur, sérieux et expérimenté, et pour égayer le repas entre nous, en sa compagnie bien sûr, à notre retour. Un 30 avril que l’on retiendra comme l’un des plus réussis que nous ayons vécus entre collègues. Et en grande partie grâce à lui. À ses histoires. À sa façon particulière de nous les distiller. À cette joie de vivre dont il les imprégnait. Sans doute l’aurez-vous reconnu ce personnage hors du commun si sympathique qui vous a fait passer, il y a longtemps ou il y a peu, un moment si drôle à ses côtés. Si on vous dit Alain Nicolas, vous aurez peut-être un doute, mais si on vous parle de « Lanouil » – ce surnom qui lui colle à la peau depuis des lustres jusqu’à presque en faire oublier son véritable nom – vous aurez comme un éclair de mémoire : bien sûr, c’était lui ! Autrefois, à son retour de l’Armée, il avait travaillé à la DDE, où il avait côtoyé, entre autres, un Gérard Bouvard ou un Jean Valette, dit Jules. Il fut ensuite un remarquable moniteur et directeur d’auto-école (la sienne), puis, à un moment de sa vie, chauffeur de car pour transporter aussi bien des enfants que des personnes âgées car le troisième âge ne pouvait plus se passer de lui, tant un voyage sans Alain au volant, et ses bonnes histoires, c’était un jour sans soleil, terne et sans saveur ! Il fut coorganisateur, notamment avec son conscrit le regretté Coco Curat, des « S » de Treffort. Toujours par passion, celle de l’automobile, celle de conduire un véhicule, quel qu’il soit, même rouler seul durant des centaines de kilomètres pour convoyer vers son destinataire une voiture neuve de belle marque sortie d’usine… Par goût de la conduite plus que par profit personnel. « Conduire, pour Alain, me disait récemment Michel Bouvard, l’un de ses amis les plus proches, a toujours été comme une drogue ! »
Madame Nostalgie…
Décédé alors qu’Alain était encore bien trop jeune pour être déjà privé de lui, Daniel son papa a laissé chez tous ceux qui l‘ont connu des souvenirs d’homme délicieux et plein d’humour, auprès d’Henriette la maman d’Alain. Un accordéoniste toujours prêt à prendre son « piano à bretelles » à l’épaule et à se lancer dans des ritournelles inépuisables pour mettre dans le café qu’il tenait (avec le garage à côté) une ambiance de folle gaieté. Ah, ce café Daniel ! Sous une autre enseigne aujourd’hui (La Table de Poupette) avec la fille d’Annie aux commandes, c’est toute une partie de notre jeunesse d’hier, avec Henriette aux fourneaux, qui ressurgit, renaît, quand on y entre. Et Alain, avec sa chère Pierrette, ne sont jamais bien loin. Et puis, comme dans un songe, en pleine rue, je crois le voir arriver. Comme avant. « Salut Doudou, tu as su la nouvelle… » On flaire quelque chose, on s’attend à tout… Et il lâche une grosse blague sur Mireille Mathieu ou Céline Dion. Alors, on part dans un fou rire qui fait sa joie. Et la nôtre… Ah, Madame Nostalgie !