Antoine Rousset, ancien journaliste au Progrès à Bourg, rouvre les pages de son album souvenir.
Bien sûr, ils n’ont rien à voir avec les Jack, Averell, William et Joe, quatre frères eux aussi, mais tellement bêtes qu’il vaut mieux qu’ils n’aient été que personnages de fiction dans l’univers de Morris en bande dessinée ou au cinéma. Les quatre frères Dalton ne peuvent être comparés à aucune autre fratrie qui ait réellement existé. Et surtout pas aux quatre frères Bouvard, nos héros dans cette page, qui n’ont jamais tenté de s’évader d’un quelconque pénitencier. Eux, nés entre 1939 (Gérard l’aîné) et 1949 (Paul dit Paulus le benjamin), en passant par Bernard et Michel, « s’évadaient » de la maison familiale à Péronnas, mais simplement pour traverser la route de Lyon et aller à 300 mètres plus loin jusqu’au stade de foot. Sans pistolet au ceinturon mais avec, dans leur sac de sport, des chaussures à crampons. Pas de quoi les envoyer en prison, une évasion toute légitime vers leur club d’affection, le club de toute leur jeunesse, le FCBP avec le même maillot bleu sur le dos, les mêmes copains d’enfance, à quelques maisons les uns des autres.
Les Bouvards, voisins du stade
Les Bouvard, c’est comme une saga, mais pas de père en fils, ou de grand-père en petit-fils, mais de frère en frère. Durant plus de vingt ans, il y eut toujours un Bouvard quelque part sur un terrain. Gardien de but, défenseur, milieu de terrain ou attaquant. Avec des profils et des talents certes différents, des motivations au gré des tempéraments, mais avec le même sens de l’amitié et de la solidarité, le même plaisir de se retrouver au sein du même club, celui de Bourg-Péronnas certes mais, un peu par chauvinisme, de Péronnas surtout… Avec, parfois (souvent), le regard et la voix de leur soeur Monique, délaissant à l’occasion sa salle de gymnastique, pour aller encourager ses frères à Chaudouet. Ce fut ça longtemps la vie des frères Bouvard en dehors de leur vie professionnelle à chacun. Parce que pas question (même quand c’était tentant, et que Gérard hésita un moment quand l’ASSE cherchait un gardien…) de quitter leur métier, à la DDE, dans la banque, chez Renault, pour un avenir plus risqué et aléatoire… Même si Bernard fut attiré très tôt vers les montagnes iséroises et y demeure toujours après avoir joué à Grenoble et entraîné en banlieue, c’est plutôt les pieds dans la glaise, et la glaise bressane, que les Bouvard ont passé leur vie, sans trop chercher à aller voir ailleurs si le ciel, la terre et le foot étaient plus beaux qu’ici et si on s’y épanouissait davantage. Et pourtant quel talent ce Paulus, quelle touche de balle (dixit Michel, admiratif de son frère), quel savoir-faire dans ses dribbles et ses contre-pieds !
Et un, et deux et trois et l’adieu …
Cette terre de Bresse fut à jamais la sienne et bien trop tôt à l’ami Gérard. Emporté, à l’approche de ses 60 ans, par une maladie cruelle, au lendemain de la finale de la Coupe du monde de 98, qu’il tint à suivre jusqu’à son terme à la télévision, sur son lit de souffrance à l’hôpital, avec son frère Paulus à ses côtés. Tellement triste cette image et si beau ce moment de partage pourtant, en imaginant ce copain perdu profitant de ses dernières heures à vivre à travers ses ultimes réactions d’enthousiasme quand la victoire de la France et de Zidane se dessinait et qu’il y eut même dans cette chambre quelques gouttes de champagne pour l’arroser. Moins de quarante-huit heures après, Gérard, à bout de forces, nous quittait. Il quittait ses enfants, la famille, les amis, il quittait le stade de ses débuts, il quittait le foot, sa passion, il quittait la maison de son enfance à Péronnas où Monique si longtemps se consacra à leur maman morte à plus de cent ans, et dont le beau portrait accroché dans un couloir semble veiller sur la fratrie Bouvard tout entière.
