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Le chemin de dame Mas en concert à Péronnas en 1985

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Jeanne Mas effectue un retour tonitruant sur la scène cette année. Mais savez-vous que son premier concert hors Paris eut lieu à Péronnas ? À l’origine de sa venue, Charly Cordenod nous en raconte l’histoire.

Naissance à Alicante en Espagne, études en France, pubs télé et poste de speakerine en Italie… En ce début des années 1980, Jeanne Mas se cherche un avenir. Elle a bien enregistré un 45 tours en Italie, mais sa chanson Cuore Di Vento a fait un flop. Sur la même musique, elle écrit des paroles en français et fait le tour des maisons de disque. Elle essuie de nombreux refus, mais Pathé Marconi se laisse séduire. Toute Première fois sort le 13 février 1984, mais personne ne connaît le visage de l’interprète. Un mois plus tard, dans l’émission de TV Jour J, le public français découvre une punkette BCBG, vêtue de noir, coupe de cheveux asymétrique, maquillage débordant sur les tempes, regard ténébreux. Elle a un look inclassable et une énergie débordante. Sa chanson va devenir un énorme tube avec 800 000 45 tours vendus. Son second single Johnny, Johnny sort début 1985 et atteint le million de copies. Produit par Daniel Balavoine, son premier 33 tours est très vite disque d’or.

À Péronnas trois jours après l’Olympia
Jeune journaliste spectacle-culture au Dauphiné libéré, c’est à ce moment que je m’intéresse à son parcours. Je contacte son manager pour savoir où la voir en spectacle. Il me répond que rien n’est prévu avant son premier passage à l’Olympia en octobre 1985. Alors, une idée me vient à l’esprit : organiser son premier concert d’après-Olympia à Bourg. Je l’évoque à mes complices de Radio 2 Gérard Sibelle (directeur d’antenne) et François Belay (animateur et journaliste). L’enthousiasme est à l’unisson. Le deal avec son producteur suit dans la foulée. Samedi 19 octobre, je me rends au Discom à Paris, le salon des professionnels de la nuit, puis je file à l’Olympia le soir. Première surprise, Joe Hammer (batteur de Daniel Balavoine) et Guy Delacroix (bassiste de Jean-Jacques Goldman) assurent la rythmique. Le concert est court, mais l’apparente fragilité de la môme en noir ne correspond en rien à sa défonce musicale. Dans sa loge, je suis persuadé de voir l’icône d’un courant new style. Elle me questionne sur l’état des réservations pour le concert qui doit se tenir quatre jours plus tard à la salle polyvalente de Péronnas. Je la rassure, mais je mens. En réalité, les réservations sont timides. Sur un point d’équilibre fixé à 300 spectateurs payants, nous n’en avons que la moitié.

Régler le cachet quoi qu’il nous en coûte
Désamour du public bressan ? Je ne pense pas. Mais Jeanne Mas, qui écrit pourtant tous ses textes, est encore trop marquée chanteuse de tubes du Top 50, comme le sont à l’époque Rose Laurens, Guesch Patti ou Jacky Quartz. Pour voir ce genre d’interprètes, nous sommes gâtés : la Clé des Chants, le Maintec ou le Macumba, qui n’est qu’à une heure de voiture. Jour J mercredi 23 octobre. Avec Gérard et François, nous essayons de faire bonne figure. La salle sera pleine grâce aux nombreuses invitations distribuées en dernier recours par Radio 2. Le bus de Jeanne arrive avec toute sa troupe, dont les fameux danseurs car elle innove également en mêlant chansons et chorégraphies. Mais son clavier Romano Musumarra, qui doit venir en voiture directement d’Italie, n’est pas là. Il s’est perdu et arrivera à Péronnas une demi-heure avant le début du concert ! Selon la tradition voulant qu’un artiste soit toujours payé avant de monter sur scène, avec François Belay, nous comblons de nos poches le déficit financier de l’opération.

Une consécration trop tardive pour nous
Le goût un peu amer va être amplifié par deux évènements qui vont survenir peu de temps après. Le 23 novembre 1985, pour les premières Victoires de la musique, Jeanne Mas est consacrée Meilleure révélation féminine et Meilleure interprète de l’année, une performance jamais égalée depuis. Début 1986 sort son deuxième 33 tours Femmes d’aujourd’hui, avec le titre En rouge et noir qui va dépasser le million de copies. La tournée qui suit est du même tonneau. Quatre-vingts dates dans des grandes salles, six Palais des sports de Paris complets et un Palais des sports de Lyon. Dans sa loge ce soir-là, elle redevient la jeune femme charmante et courtoise, plaisante, me demande des nouvelles de ses amis bressans. Je ne lui révèle rien de la véritable histoire qu’elle ne connaîtra jamais. En quittant le Palais des sports de Gerland, je compris avec force que pour nourrir des rêves d’une hypothétique carrière de producteur de spectacle, il ne faut jamais avoir raison trop tôt.

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