Posté le 25 février 2026 par La Rédaction

À même pas 30 ans, il a derrière lui plus de 10 ans d’expérience en réalisation cinématographique. Et tournera ce printemps son premier film documentaire, Les Héritières. Portrait d’un passionné sensible et hors les cases, installé dans le Revermont.

« J’ai été éduqué par ma mère. » Une éducation dont Loïc Romagny a gardé – et dispense à son tour à ses deux fils – un profond respect pour les femmes… Pour ce qu’elles endurent et taisent, portent et incarnent, reçoivent et subliment. À la croisée des sciences sociales, de la psychologie, de la généalogie même, Loïc observe les inégalités. Avec cette urgence : devoir en parler. C’est par l’image que le féru de cinéma, passion héritée de sa mère, transmet depuis ses messages… Il écrit son premier scénario en 2013 : « J’y parle de harcèlement scolaire (déjà) sur fond d’homophobie. » Et tournera un an plus tard, avec l’aide d’une dame, la maman d’un copain, devenue réalisatrice en Isère. « Je pensais impossible d’accéder à ce monde. Je n’avais ni réseau, ni fonds, ni matériel. » La volonté, en revanche ! Volonté telle, qu’à force de frapper aux portes, plusieurs se sont ouvertes. « Un jour, je reçois un appel du réal’ indépendant Rémi Lange. Il me dit : « Je tourne un film. Si t’es dispo, tu viens et tu m’assistes ! » »

Alors Loïc découvre l’art de tourner avec peu de moyens, et peu à peu les codes du cinéma expérimental… Plutôt l’absence de codes. « Je suis parvenu à m’affranchir. » Et s’affirmer. Au point de refuser de retirer une scène – gênante mais nécessaire – de viol conjugal sur demande d’un producteur. La scène est restée, le producteur s’en est allé. Mais Loïc lui, a résisté, et son film est sorti après une campagne de crowfunding. « Le cinéma, c’est de l’art. » Et l’art, une liberté que le jeune homme revendique et refuse de lâcher. En 2020, Loïc s’attaque à un autre monument : l’IVG, dans un film tourné comme un journal intime, à Lyon, avec des amis de fac. « Ça m’a valu un lynchage sur les réseaux ! » Mais qu’importe : Loïc dénonce, et montre. Pendant quelques années, son nom circule dans le monde du cinéma indé. « Tout le monde se connaît. » Et malgré son retrait – le temps de penser son prochain projet -, le réseau se reforme. Naturellement. Autour de lui désormais, officient Chloé, Pierre et Donovan. Une équipe restreinte mais solide, dont le talent combiné permettra ce printemps de réaliser le doc Les Héritières.
Recevoir et transmettre
Un long format, faisant – encore – de la femme son centre et de la transmission son sujet. « J’y aborde les violences sexistes et sexuelles, les rôles assignés, la maternité…» Une dizaine de thèmes amenés par des questions et traités face caméra par trois femmes ayant préalablement conté leur expérience à Loïc. « J’ai lancé en juin un appel à témoignages. J’en ai reçu près de 200 ! » Parmi eux celui de deux représentantes du collectif Nous toutes : Jade Amrouche et Mandy Perret Medeveille, qui par leurs histoires individuelles respectives décrivent celle collective. Des témoins locaux auxquels s’ajoute une comédienne pour apporter, ensemble, leur pierre à l’édifice de l’expérience féminine. Casting trois étoiles. « Je n’organise pas de castings » rectifie- t-il. Plutôt des rencontres informelles autour d’un café, laissant à ses interlocuteurs le temps de se livrer. Des échanges, aussi, donnant à chaque réalisation sa part authentique. « Tu peux diriger un jeu, mais la clé c’est l’émotion. » Encore faut-il accepter de n’avoir pas la main. Ni toujours, ni sur tout. Le film, tourné en partie à Bourg-en- Bresse, combinera témoignages oraux et photos et vidéos issues d’archives personnelles. « Bien sûr il y aura beaucoup de post-prod… Mais l’on gardera les séquences les plus vraies. » Pour attirer l’attention. Marquer les esprits. Et faire enfin bouger les lignes.

Les Héritières
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