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Retour sur les prises de parole de Sidonie Jiquet, directrice de l’ARS, et du docteur Olivier Revol, pédopsychiatre

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Jeudi 23 avril ont eu lieu les 2e Rencontres des Pros de Santé à Ainterexpo-Bourg-en-Bresse. Six cents professionnels de santé ont confirmé leur participation, témoignant de l’intérêt pour ce rendez-vous. Cet évènement a été marqué par la présence du Dr Olivier Revol, chef de service de neuro-psychiatrie de l’enfant, pour une conférence sur le thème : « Accompagner et soigner les nouvelles générations : les nouveaux codes ! ».

Focus sur deux interventions : Sidonie Jiquet, directrice de l’ARS (Agence Régionale de la Santé) et le docteur Olivier Revol, pédopsychiatre.

Sidonie Jiquel, directrice de l’Agence Régionale de la Santé, a pris la parole durant la 2e Rencontre des Professionnels de Santé

Les 2e Rencontres des Pros de Santé ont eu l’honneur d’écouter Sidonie Jiquet, directrice de l’ARS (Agence Régionale pour la Santé). Elle a devisé sur les solutions envisagées par les pouvoirs publics pour faire face au creux démographique en personnel de santé qui s’annonce jusqu’en 2028 tout au moins. Alors que la moyenne nationale s’élève à 8,2 médecins généralistes pour mille habitants, elle n’est que de 5 dans l’Ain ; et parmi ces médecins, 40 % ont plus de soixante ans.

Quelles solutions sont envisagées ? Sidonie Jiquel a insisté sur le fait que la conjonction de toutes les solutions proposées sera à même de résoudre la crise que nous traversons. Tout d’abord, il y aura un accroissement de la formation, avec plus de 30 % de nouveaux internes par an, et des accueils pour les étudiants. Il y aura également entre autres la création de structures médicales regroupées, l’usage du plan France Santé pour labelliser et des zonages pour une installation dans les zones sous-denses. L’attention sera également portée sur les besoins, afin que le système de santé soit au bon endroit au bon moment, et un développement de l’accès au soin sur la santé mentale.

Mêlant humour et érudition, le docteur Olivier REVOL nous apprend comment accompagner et soigner les nouvelles générations.

Pédopsychiatre spécialisé dans les troubles du déficit de l’attention et l’hyperactivité, le docteur Olivier REVOL est intervenu ce jeudi 23 avril à l’Ainterexpo de Bourg-en-Bresse devant un parterre de professionnels de la santé et d’étudiants en médecine.

Six ans après le premier confinement causé par la pandémie de Covid-19, des études montrent une augmentation de 40 % des troubles psychiques chez les 15-25 ans. D’après le docteur Revol, ces troubles sont apparus au moment du déconfinement, car il n’y a pas eu de préparation suffisante à la sortie du domicile, considéré alors comme protégé du monde extérieur. Ces troubles exacerbent la difficulté de ces dernières générations à se projeter dans l’avenir : l’éco-anxiété se conjugue avec le fait qu’une femme sur trois ne veut pas d’enfant, et que 56 % des jeunes considèrent que l’humanité est perdue. Alors, venue d’Amérique du Nord, le docteur Revol promeut la médecine des « quatre P », marquée par la Prédiction, la Prévention, la Participation et la Personnalisation, ce qui permet aux professionnels de santé de s’orienter vers le préventif plus que le curatif (plutôt prévenir que guérir).
« Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années 1970… Il ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, n’habite plus le même espace », avait alors écrit Michel Serres dans Petite Poucette en 2012. Depuis Internet, la transmission du savoir ne se fait plus de manière verticale (des parents aux enfants) mais horizontale, les enfants apprennent aussi aux parents. Ce bouleversement s’explique par la diversité des quatre générations qui se côtoient actuellement dans notre monde : les boomers, nés entre 1945 et 1960, sous la bénédiction de quatre fées : la Paix, la Prospérité, le Plein-emploi, le Progrès, première génération à ne pas avoir tenu compte de ses actes, et placée sous le code du Devoir (travail, famille, couple) ; la génération X, entre 1961 et 1980, qui a connu deux chocs pétroliers, travailler plus, le chômage, le SIDA, le frein économique, sous le code de l’Avoir (famille, travail, statut social) ; la génération Y, née entre 1981 et 2000, pour qui les valeurs ne viennent pas des pères mais des pairs, qui apprennent aux parents et qui ont pour code Vivre (trouver un équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée) ; et enfin, la génération Z, apparue entre 2000 et 2010, qui n’a plus de sous, mais qui est connectée sur plusieurs écrans et possède un grand sens de l’humour et d’autodérision. Leur code est le Partage (solidarité, justice, sécurité).

Cette génération est encore dans l’adolescence. Jusqu’à vingt-cinq ans, le cortex préfrontal, qui s’occupe de la régulation des émotions, du « réfléchir avant d’agir », est en formation. Alors, qu’est-ce que l’adolescent ? « L’adolescence, c’est le challenge de l’autonomie », avance le docteur Revol. Cette autonomie passe par l’éducation venue des parents. Éduquer, étymologiquement, c’est ex ducere, « conduire à l’extérieur ». Alors, si parent vous êtes, le docteur vous rassure : si votre enfant préfère passer du temps avec ses amis (à l’extérieur du cercle familial, donc) plutôt qu’avec vous, c’est que vous avez réussi son éducation. Si votre enfant résiste, c’est pour se rassurer sur la cohérence de l’éducation. Comme un alpiniste descendant en rappel tire sur la corde tous les dix mètres pour vérifier la solidité, l’enfant agit de même pour se rassurer et savoir qu’une fois en bas, dans la vie adulte, tout ira bien. Fatigue, provocation, agressivité ? C’est le « complexe du homard », qui en pleine mutation perd sa coque et, pour se protéger, tend les pinces en avant. Un point a été apporté par le docteur Revol sur les enfants-rois, qui marquent les générations Y et Z. Beaucoup de compliments, un narcissisme exacerbé par la photographie, une protection contre l’échec, les difficultés et les critiques, voilà ce qui les caractérise. Le risque de ces enfants-rois, dans leur vie active, est un manque de confiance en eux, une difficulté accrue à prendre des décisions, une dépendance plus longue, et une attente d’un retour positif, sans quoi ils considèrent avoir été mauvais. Alors que les anciennes générations se contentaient d’un silence pour en tirer une approbation, les nouvelles générations ont besoin de s’entendre félicitées. Il n’y a pas que les enfants qui forgent une génération, mais aussi les parents : certains sont des « parents hélicoptères », c’est-à-dire des parents qui surprotègent les enfants et qui demandent des comptes. En contrepartie, les enfants peuvent se reposer sur ces « hélicoptères » au moindre problème.

Alors, comment soigner ces nouvelles générations ? D’abord, conseille le docteur Revol, il faut comprendre leur langage. La génération Z est une génération qui vit dans l’instant, elle veut que tout aille vite. De plus, ils veulent comprendre plutôt qu’apprendre, car tout est à leur portée grâce à Internet. Pour communiquer avec eux, il faut prendre les choses par la périphérie, demander de manière détournée. Il faut également accepter de dire « je ne sais pas », cela permet de gagner leur respect et d’apporter du crédit quand on sait vraiment. La génération Z est une génération qui veut « des racines et des Z’ailes », et surtout qu’on réponde à leur grande question : « est-ce qu’il y a quelqu’un pour piloter ? », selon le docteur Revol.

Alors, communiquer avec les nouvelles générations, est-ce entretenir leur statut d’enfants-rois surprotégés en multipliant les circonlocutions, ou une véritable nouvelle manière de communiquer ?

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