Journaliste sportif, le Bressan Alexandre Lacoste a couvert la Coupe du monde de basket en Indonésie et aux Philippines. Il raconte son expérience.
En discutant avec des collègues lors de la dernière soirée à Manille, après trois semaines en Asie du Sud-Est, nous blaguions sur le fait que notre Coupe du monde à nous n’avait duré que 72 heures. Comme celle de l’équipe de France, éliminée dès son deuxième match. C’est évidemment loin de la réalité, mais c’est presque le ressenti que nous en avions, après nous être préparés à vivre tout ce temps dans une lessiveuse de journées à 14 heures de travail. Je suis journaliste sportif, et j’ai couvert cet été la Coupe du monde de basket en Indonésie et aux Philippines pour le site Internet BeBasket. Plus de 24h de voyage jusqu’à Jakarta afin, prioritairement, de suivre l’équipe de France.

avec les joueurs de l’équipe de France. ©Guillaume Poumarède
Pour un reporter, une compétition internationale s’articule toujours de la même façon : des points presse, des discussions informelles, la recherche de sujets intéressants et, surtout, le rush de l’après-match. Il est coutume de dire que notre travail démarre réellement à la fin des rencontres : la quête de la meilleure place dans « l’enfer » de la zone mixte (20m de long pour 300 journalistes accrédités), la conférence de presse, puis la rédaction des papiers. Pour un match qui se termine à 22h30, il n’est pas rare de sortir de la salle à 1h30 ou 2h du matin. Et si on a l’impression que la Coupe du monde s’est terminée au bout de trois jours, c’est parce qu’elle avait beaucoup moins d’intérêt pour notre cœur de cible, le public français, sans l’équipe de France. Ainsi, le résumé de la finale Allemagne-Serbie a été trois fois moins lu que celui du premier match des Bleus contre le Canada… Si la vie de journaliste sportif appelle à régulièrement voyager, partir à l’autre bout de la planète n’était pas anodin. Jakarta a été un choc culturel : une circulation anarchique, des motos-taxis aussi fascinants qu’effrayants à 70 centimes la course, des repas douteux à un euro (mais du Comté déniché à… 170 euros le kilo !), etc. Pour donner l’impression, malgré l’incroyable hospitalité des locaux, d’une ville tentaculaire, congestionnée et oppressante, notamment à cause de la perpétuelle brume jaunâtre enveloppant les gratte-ciel, témoin de ce qui était, en août, la mégalopole la plus polluée du monde. 4h30 d’avion plus tard, plongée dans la saison des pluies, Manille fut une autre découverte : une ville encore plus pauvre mais tellement contrastée, où la proximité du cinquième plus grand centre commercial d’Asie est venue réduire le dépaysement malheureux qu’offrait la proximité de notre logement avec un immense bidonville à Jakarta.
Et surtout une passion inégalée pour le basket, si palpable avec des paniers de fortune et des enfants jouant pieds nus absolument partout… Le matin des demi-finales, en compagnie de quelques collègues, nous nous sommes d’ailleurs retrouvés, par hasard, sur l’un de ces terrains avec l’équipe de Lettonie. Nous avions simplement prévu d’aller faire un basket entre nous, l’une des multiples composantes d’un aspect phare de la vie en reportage : la camaraderie entre journalistes français, des sorties nocturnes aux (maigres) excursions touristiques, en passant par l’entraide professionnelle. Nous étions une quinzaine au départ à Jakarta (presse spécialisée, L’Équipe, RMC, beIN Sports, FranceInfo, AFP, etc.), nous nous sommes rapidement retrouvés à cinq, la plupart des médias ayant jugé bon de rapatrier leurs représentants après l’élimination française. Dommage pour les partants qui n’auront pas eu la chance de découvrir l’incroyable beauté des îles philippines après la compétition. Ah, au fait, à la fin, c’est l’Allemagne qui a gagné…