L’artiste bressane Chourouk Hriech fait partie des sept artistes invités pour la première édition des Étincelantes au Parc des oiseaux.
Il y a des artistes qui dessinent des formes, et d’autres qui dessinent des mondes. Chourouk Hriech appartient à ceux qui font circuler les paysages, les mémoires et les imaginaires comme on trace un chemin invisible entre les territoires. À Villars-les-Dombes, dans le cadre de la première édition des Étincelantes, au Parc des oiseaux, son travail s’apprête à investir l’espace à grande échelle, entre architecture, récit et envolées graphiques. Née en 1977 à Bourg-en-Bresse et ayant grandi à Montrevel-en-Bresse, Chourouk Hriech a gardé de ses paysages d’enfance une cartographie intime qu’elle n’a cessé de réinventer. Aujourd’hui installée à Marseille, l’artiste formée à l’École nationale des Beaux-Arts de Lyon revient, à travers ses œuvres, sur ce territoire d’origine qui continue d’irriguer sa pratique. « Je tiens à ma Bresse natale », confie-t-elle, comme pour rappeler que son œuvre est traversée par la mémoire des lieux autant que par leurs métamorphoses. Depuis toujours, Chourouk Hriech pratique le dessin « comme une promenade dans l’espace et dans le temps ». Une manière de circuler entre les mondes, les époques et les imaginaires. Son langage plastique, majoritairement en noir et blanc à l’encre de Chine, compose des paysages hybrides où se rencontrent architectures anciennes, fragments urbains, motifs végétaux et constructions mentales. Mais l’artiste nuance : « J’utilise aussi la couleur, notamment la gouache ou le crayon, pour des touches d’ornement ». Une écriture graphique en expansion, qui dépasse le papier pour investir l’espace, la sculpture, la vidéo ou encore la performance. Figure centrale de son travail, l’oiseau revient comme un motif obsédant et universel. « C’est une figure constante depuis plus de vingt ans », explique-t-elle. Symbole de liberté et de migration, il incarne aussi un lien invisible entre les territoires. « Un corbeau à Tokyo ou à Lyon, qu’est-ce qui nous dit où nous sommes ? » interroge-t-elle ; soulignant cette ambiguïté géographique qui nourrit ses compositions. Pour les Étincelantes, l’artiste a mené un travail de recherche approfondi sur le territoire de la Dombes et du Parc des oiseaux, en consultant archives et documents anciens. « J’aime aller chercher dans la mémoire des lieux », dit-elle. De ces explorations naît une œuvre monumentale inédite, pensée comme un paysage à traverser, où le dessin déborde de ses limites traditionnelles pour métamorphoser l’architecture du site. Le portail d’entrée du parc devient lui-même œuvre : non plus une frontière, mais un passage. « Il se déploie, se fragmente, devient une invitation », décrit-elle. Les formes d’oiseaux et de nuages s’y mêlent dans une composition noire et blanche, évoquant les migrations, les récits et les passages invisibles entre les mondes. « Le dessin est un récit », résume Chourouk Hriech comme en témoignent ses œuvres, exposées dans de nombreuses institutions internationales, de la Biennale de Shanghai à celle de Lyon en 2024.