Posté le 1 septembre 2025 par La Rédaction

Mélomane et inventeur, Paul Moenne nous ouvre les portes de son impressionnante collection de disques.

À quelques kilomètres de Bourg-en-Bresse, sur les routes de la Dombes, là où les étangs miroitent entre ciel et terre, un château du XVe siècle renferme un trésor. Dans cette demeure aux mille recoins, entre murs épais et souvenirs entassés, Paul Moenne garde précieusement une collection de plus de 40 000 disques vinyles, rassemblés patiemment au fil des décennies. À 89 ans, Paul, regard clair et mémoire vive, nous entraîne dans sa pièce préférée, perchée à l’étage. Là, dans un désordre savamment organisé, les murs sont tapissés de vinyles, 78 tours, galettes de cire et souvenirs sonores d’un autre siècle. Rien, pourtant, ne le prédestinait à devenir collectionneur de musique. Né dans les années 1930 à Miribel, Paul suit une scolarité classique avant d’intégrer une école spécialisée dans la fabrication d’armements. En 1957, il est appelé sous les drapeaux et partira 2 ans en Algérie. À son retour, Paul commence sa vie professionnelle dans l’entreprise Michelin, à Clermont-Ferrand. Il traque les défauts dans la fabrication des pneus.

Cinq années plus tard, c’est vers le commerce qu’il se tourne, animé d’un désir d’indépendance. Il intègre une entreprise américaine fraîchement implantée en France, couvre le Nord du pays, l’Alsace, la Lorraine… Mais les voyages sans fin et la solitude d’hôtel finissent par peser. Il fonde alors sa propre société à Crémieu, spécialisée dans les équipements de protection pour l’industrie. Trente salariés, plusieurs innovations, et une aventure entrepreneuriale qu’il mènera jusqu’à sa retraite, avant de transmettre le flambeau à son fils Pierrick. Fragments d’un monde disparu C’est en parallèle de cette vie bien remplie que Paul tombe amoureux des disques. « J’ai commencé à récupérer tous les 78 tours que je pouvais trouver, sans trop savoir pourquoi », confie-t-il. Ce geste spontané devient peu à peu un rituel, puis une passion. Il en chine aux puces, en sauve dans les poubelles, les recueille comme on recueille des fragments d’un monde disparu. « À l’époque, les gens s’en débarrassaient au profit des microsillons », se souvient-il un brin de tristesse dans la voix. Inventeur dans l’âme, Paul ne se contente pas d’écouter : il veut comprendre, amé- liorer. Insatisfait du son des appareils modernes, il démonte une cellule de lecture, l’analyse pièce par pièce, et en fabrique une miniature. « Le résultat était fabuleux », sourit-il encore, fier de sa trouvaille.

Dans sa salle d’écoute, tout respire la dévotion : les disques sont classés avec soin : jazz, blues, chanson française… Sur les étagères, certains trésors attirent l’œil du connaisseur. Un passionné lui fait un jour remarquer qu’il possède un enregistrement de Mamie Smith, la première chanteuse de blues à avoir gravé un disque, en 1920. Un témoin précieux d’une époque où le son était encore matière brute. Assis dans un vieux fauteuil de cinéma, face à deux enceintes à pavillons qu’il a lui-même fabriquées, Paul savoure encore chaque écoute comme un rituel sacré. « Ce que j’aime, c’est retrouver des sons anciens ; ils sont bien différents de ceux de la musique numérique », glisse-t-il, avant de faire descendre doucement la pointe sur le sillon. Puis le silence. Et la musique, enfin.