Posté le 26 février 2026 par La Rédaction
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La chorégraphe et soeur de Zaho de Sagazan : Leïla Ka, présentera à Bourg sa dernière création, Maldonne, autour de la féminité. Rencontre.
À qui rattachez-vous spontanément la figure féminine ?
À mes quatre sœurs. On a énormément joué ensemble.
Qu’est-ce qui a déclenché l’envie d’aborder ce sujet de la féminité ?
Ce que j’ai vécu, vu, entendu autour de moi. Les questions que je me pose sur l’identité, l’émancipation. Vous êtes autodidacte.
Est-ce un avantage ?
Effectivement : je ne savais pas ce qui avait été fait, pas ce qu’il est bien de faire, ni ce qui est dans l’air du temps… Ça donne une espèce de naïveté, une innocence, qui, elles, donnent une grande liberté.
Considérez-vous que Maldonne est un acte militant ?
À partir du moment où l’on met sur scène des combats, je pense que oui, c’est militant.
Prenez-vous part au projet sur scène aux côtés de vos danseuses ?
Je ne danse plus depuis juillet. La dernière fois, c’était à Amsterdam. Depuis, c’est un nouveau casting qui danse la pièce. Les danseuses au moment de la création et moi-même l’avions dansée 120 fois. Au bout d’un moment, on a besoin de faire autre chose.
Qu’avez-vous voulu dire avec ce titre : Maldonne ?
Quand on joue aux cartes et que quelqu’un a plus de cartes que les autres, c’est qu’il y a maldonne. Une mauvaise distribution des cartes forçant à reprendre les cartes, rebattre le jeu et redistribuer de façon égalitaire. Aujourd’hui, malheureusement, il y a encore maldonne dans le monde, par rapport à la situation des femmes. Il faudrait rebattre le jeu et redistribuer de façon égalitaire entre les hommes et les femmes…
Comment avez-vous pensé le lien entre fond et forme ?
Le point de départ, à chaque fois, c’est l’émotion. On incarne sur scène cinq figures de femmes opprimées et, sur la scène d’après, animées par un désir de liberté très fort ou révoltées. Je veux voir des femmes qui crient, qui pleurent, qui tombent et qui se relèvent…
Le travail pour porter justement le message passe-t-il également par l’interprétation ?
Les femmes avec qui je travaille sont complètement en accord avec ce que je veux dire. On a beaucoup discuté des situations que l’on avait vécues ou vues… où des femmes avaient été contraintes, opprimées, empêchées de parler, obligées de faire telle ou telle chose, parce que femmes. Vous avez exprimé l’émancipation par des tenues très colorées. Toutes les robes que l’on utilise dans Maldonne sont des robes que j’ai trouvées en friperie ou chez Emmaüs. C’était très important pour moi que quand on rentre dans une robe, on rentre aussi dans une figure féminine. Toutes les robes sont aussi très stéréotypées, qui renvoient des images de femmes très claires, entre la petite robe fleurie en jersey, celle un peu bouffante en coton avec des épaulettes, celle moulante ou à froufrous… Que des robes qui racontent beaucoup. Comparez-vous la rigueur des artistes au carcan dans lequel on enferme les femmes ?
Dans la pièce, on se tient tout le temps très droites. On a toujours les épaules en arrière, le port de tête bien comme il faut, la poitrine un petit peu bombée. Ce sont des postures auxquelles je tiens et sur lesquelles on travaille à chaque fois ; parce que l’on a vite fait de se courber. Cette rigueur-là, nécessaire pour le mouvement, vient aussi illustrer les injonctions de la société dans les manières de se comporter, de bien se tenir en tant que femme. Comme cette scène, dans Titanic, où une fillette est reprise par sa maman… Soit on l’a vécu dans sa vie parce que notre propre mère nous a dit de bien nous tenir, soit on l’a vu dans des films ou lu dans des histoires. J’ai l’impression que c’est toujours quelque part dans notre tête.

Votre regard depuis les coulisses porte-t-il sur l’exécution de la pièce ou sur la réaction du public ?
Les deux ! À chaque fois, je suis curieuse de savoir ce que les gens vont en penser.
Le regard du public donne-t-il une autre intensité à la pièce ?
Oui, je pense. En fonction du public qu’il y a en face de nous, on va jouer différemment. On va sentir son adhésion ou pas, sentir que l’on dérange, que l’on émeut…
Allez-vous à la rencontre du public recueillir les impressions après le spectacle ?
Quand je dansais, on y allait très souvent après la représentation. Maintenant que je ne suis plus sur scène, je me balade incognito dans le public. J’ai toujours aussi beaucoup de retours via les réseaux sociaux. Je reçois des mails, des lettres… Quasiment tout le temps des femmes, pour me dire qu’elles ont été touchées par les interprètes et que le spectacle leur a fait du bien.

Théâtre-Scène nationale
de Bourg-en-Bresse

De 42 à 47 €
www.theatre-bourg.fr