Posté le 4 mai 2021 par La Rédaction

Pendant 24 heures, précisément deux fois douze heures, Yohann Houssin a partagé le quotidien des policiers du commissariat de Bourg.

« Ma journée débute à 7 heures par un contrôle des masques devant la gare de Bourg-en-Bresse. Pas facile de faire comprendre que pour lutter contre la pandémie, le port du masque est obligatoire. Mais avec le dialogue, les policiers font appliquer les directives du gouvernement. 8 heures, la patrouille est appelée pour intervenir sur un vol avec effraction. Puis retour au commissariat pour rédiger le procès-verbal et enregistrer également une main courante. Ensuite, direction, le funérarium pour poser les scellés sur un cercueil. Une action qui se reproduira quatre fois pendant ma garde. Devant nous, une voiture prend une route en sens interdit. Le conducteur est prié de s’arrêter. Il s’explique. Les policiers finissent par un rappel à la loi sans verbalisation. Avant de déjeuner, la patrouille se rend au centre commercial Cap Émeraude pour vérifier si tout va bien. C’est aussi l’occasion d’échanger avec les commerçants. Ils sont accessibles et ouverts au dialogue. Le déjeuner est vite avalé, en moins de trente minutes. Du snacking froid composé en général d’un sandwich acheté dans une boulangerie. Quand on porte l’uniforme, on ne passe pas inaperçu. Les regards ne sont pas les mêmes. Certains analysent ce qu’ils mangent, d’autres se demandent pourquoi ils ne sont pas en patrouilles. « C’est un métier où l’on accumule continuellement de la négativité, confie ce policier. Chaque personne qui passe la porte n’a aucune raison de sourire (victime, témoin ou accusé), accident de la route, cambriolage, violence, vacation funéraire… C’est parfois dur à encaisser ».


Course-poursuite

D’autant que chaque policier garde en lui de terribles souvenirs. Comme ce 5 décembre 2008 avec cette course-poursuite hors norme à Bourg. Les braqueurs pris en chasse font feu sur les policiers tout au long de la poursuite, en traversant même certains villages, pendant près d’une heure. Le policier se rappelle encore la peur sur le visage des riverains qui préparaient le Téléthon. Puis l’un de ses collègues se retrouve blessé grièvement par balle alors que l’un des malfaiteurs est abattu. S’ensuit l’interminable attente pour avoir des nouvelles du policier blessé en soin intensif… « Cette journée fut la plus longue de ma vie », confie le policier. Personne n’est préparé à se faire tirer dessus. On s’est tous posé la question : doit-on retourner au boulot ? A-t-on envie de mourir ? »
Mais l’administratif à terminer chasse les mauvais souvenirs. D’autant que la patrouille est appelée pour une rixe dans un quartier burgien. Après plusieurs minutes les belligérants sont enfin séparés. Chacun rentre dans son foyer.
« Les accidents de la route, ça aussi c’est très difficile à vivre », confie cet autre policier se souvenant d’un triste 31 décembre où une mère de famille avait perdu la vie. « Sur les lieux du drame, il y avait le mari et leur enfant, une jeune fille… La petite me racontait les cadeaux que sa mère lui avait offerts pour Noël. Elle me demandait pourquoi son père pleurait avec mon collègue ? » Malgré ces situations difficiles, les policiers gardent « la flamme » qui les anime souvent depuis l’enfance. Leurs objectifs sont de rendre service aux gens et de se sentir utiles dans la société.

C’est un métier où rien n’est écrit à l’avance. On sait à quelle heure on arrive mais pas à quelle heure on va repartir. C’est de l’adaptation constante. C’est aussi un réel dépassement de soi, aussi bien mental que physique, et un métier où il faut savoir apprivoiser sa peur. Leur récompense ? « Voir dans les yeux d’une victime la reconnaissance et le remerciement, ça te remotive. Parfois, il ne faut pas grand-chose, un simple merci suffit. »


Que retiens-tu de ton reportage ?

Pour que les choses soient claires, je n’ai pas rédigé cet article en partenariat avec la Police nationale et je n’ai pas bénéficié de menottes offertes ou de réductions sur mes amendes (sourire). Mais en cette période où les critiques sur la Police fusent sur les réseaux sociaux, j’avais envie de partager le quotidien des policiers burgiens pour mieux les comprendre et expliquer leurs méthodes de travail ainsi que leurs difficultés. J’ai pu voir à quel point ce métier est difficile psychologiquement, combien les moyens ne sont pas à la hauteur de ce que l’on aimerait, mais aussi comme l’administratif prend une place colossale dans leur journée réduisant considérablement leur temps de patrouille. Dans tous les métiers il y a des personnes plus appréciables que d’autres, il ne faut pas faire d’amalgame. Certes il ne faut pas l’ignorer, mais il ne faut pas oublier la grande majorité qui œuvre pour que nos vies soient plus sûres chaque jour. Au final, je retiens la motivation de ces femmes et de ces hommes. Un rien suffit, ça passe par ces petits gestes anodins, un simple bonjour, qui brisent la glace et permettent de voir que les policiers sont là pour notre bien. »

Yohann Houssin