
Il était un et plusieurs à la fois. Mais quel que soit le Maurice Violland que nous voulions rencontrer, le prof de Carriat, le MOF (Meilleur ouvrier de France), le motocycliste président de l’UMA organisateur du circuit de vitesse des Vennes, le cycliste au quotidien dans les rues de Bourg, le visiteur de prison longtemps… cet homme sociable, enthousiaste, actif, était toujours d’humeur égale, d’écoute égale, de contact égal. Et même chez notre coiffeur commun à l’époque, Henri-Jacques Rozier rue Bourgmayer, pour parler d’un marathon à New York où il s’était inscrit à 67 ans, Maurice évoquait là un autre aspect de sa vie, une autre de ses passions, la course à pied, à travers le Grand fond bressan. En fait, Maurice Violland n’était fait que de passions, et si, quelque temps avant son décès à 89 ans, il écrivit un ouvrage, Ma vie, c’était pour toutes les raconter, n’en oublier aucune, les laisser sur papier en une sorte de testament, sans que l’on sache vraiment, en feuilletant ce petit ouvrage de 140 pages, dans quel milieu, quel univers, il se sentait le plus à l’aise de son vivant.
Il était « habité »
Quand j’ai posé la question à sa fille Annie pour savoir, selon elle, quelle passion de son papa il plaçait au-dessus de toutes les autres, sa réponse avait jailli quasiment dans la seconde : « À coup sûr, son action chez les MOF ». Il l’était lui-même, bien sûr. Avec deux chefs-d’œuvre dont il était très fier. Et elle se souvenait : « Il allait voir les candidats MOF à bicyclette pour les encourager, les conseiller, ça l’habitait ! » Habité ! Le mot sonnait bien dans la bouche d’Annie. Et il est bien vrai que Maurice – pas seulement par rapport à tout ce qu’il pouvait offrir de sa personne à ses amis MOF, mais dans tout ce que représentaient toutes ses autres passions – était comme habité. Tout l’intéressait, au point de ne jamais faire les choses à moitié, jusqu’à en faire trop parfois, tant qu’il n’était pas parvenu à ses fins. Mais il était ainsi, Maurice : un perfectionniste. Et c’est chez les MOF qu’il put le mieux exprimer cette volonté de ne jamais se contenter d’à peu près, à l’image de tous ses autres collègues tout aussi talentueux que lui. Il fut leur président dans l’Ain et il aurait pu le devenir au plan national, car il avait la confiance totale de tous ses amis MOF sur tout le territoire. Mais il lui aurait fallu faire des choix, abandonner un peu de ses autres passions qui le retenaient dans son département d’origine. Et là, ce n’était pas possible. Maurice, c’était tout ou rien. Tout à part entière. Et il choisit l’Ain, bien sûr. Il lui consacrerait sa vie jusqu’au bout.
La face cachée des hommes
Longtemps, depuis sa retraite d’enseignant en 1982 jusqu’en 1997 à l’âge limite de 75 ans qui lui était imposé par ses nouvelles fonctions bénévoles qu’il avait désiré exercer, il fut visiteur de prison. Sans s’y être préparé spécialement, mais en sachant pertinemment tout ce qu’il pouvait apporter (du fait de son passé de pédagogue aguerri, soucieux de l’avenir des autres), à ceux qui avaient le plus besoin qu’on les écoute et qu’on leur parle. Ainsi, durant 15 ans, deux fois par semaine, il se rendit à la prison de Bourg, alla au contact de détenus, pas tous, seulement quelques-uns, seulement ceux qui le souhaitaient, ceux à qui il manquait, au cours de leur incarcération, une oreille attentive, une voix de l’extérieur, pour communiquer, apprendre, se former, mieux se diriger une fois libérés. Il arriva qu’au cours de sa détention à Bourg, un homme, sorti de sa cellule, suive discrètement le cours du jeudi. Il s’agissait du faux docteur Jean- Claude Romand, meurtrier d’une partie de sa famille, qui venait s’imprégner des belles paroles d’apaisement et d’humanité de Maurice… Dans la presse à l’époque, on avait pu dire de Maurice qu’il était une sorte de « médecin de l’âme ». Et ça lui plaisait bien qu’on puisse dire ça de lui. Plus tard, dans son recueil de souvenirs, il faisait part des lettres qu’il avait reçues d’anciens détenus ayant retrouvé liberté et travail. « Il m’arrive, monsieur, écrit l’un d’eux, de vous croiser quand vous êtes à vélo. Et je me souviens, ému, de tout ce que vous m’avez apporté »… Ou alors : « C’est très dur de se refaire une place dans la société, je fais tout ce que je peux. Merci M. Violland pour votre aide autrefois, merci. » Et j’en passe de ces courriers où l’émotion jaillit partout sous la plume d’anonymes. Et lui, Maurice, de dire simplement : « J’ai découvert une face cachée des hommes ». Un être lumineux.