Posté le 1 juin 2020 par La Rédaction

Celui qui n’a jamais pénétré dans un atelier de forge, ne peut savoir la magie qui s’y opère. Le foyer de chauffe ronronne, les flammèches rouges issues du charbon minéral, la chaleur, les fumées, la lumière vacillante, les ombres sur les murs, tel est l’univers dans lequel aime vivre Baptiste Guigue. Dans sa grande maison, Baptiste se souvient de son enfance « celle où j’allais aider mon père qui bricolait quelques bouts de ferraille à la forge ». Cette forge au bout de l’allée, Baptiste se dit qu’il serait bon de la remettre en état « je m’y sentais bien. Le souvenir des clous que je chauffais et martelais me revenait en mémoire. Je les aplatissais pour en faire un objet qui ressemblait plus ou moins à un couteau. J’ai grandi à la campagne, j’aimais étant gamin, faire des cabanes, couper des branches, bricoler dehors, le couteau était indispensable ». Cet objet, vieux comme le monde « m’a toujours fasciné, que ce soit en tant qu’outil, que par son histoire, car si l’outil est le même depuis sa création, il a pris des formes diverses selon les époques, les religions, et les utilisations ». Après la rénovation de l’atelier, l’achat de matériel et d’outils « et des heures et des heures de tâtonnements », d’apprentissage sur le tas, tout en glanant des informations, Baptiste reste conscient que « le savoir-faire manque mais par contre l’envie était bien là ». Un beau jour à force de persévérance « avec un gros clou de charpentier, j’obtiens ce que je souhaitais, mon premier couteau était né. Il m’a fallu du temps, mais la graine était semée ».

Perfectionniste dans l’âme

L’essai concluant, pousse Baptiste à investir un peu plus dans les matières premières « mes lames sont forgées dans des aciers au carbone, comme les couteaux d’antan. Ces aciers, du fait de leur structure, ont un tranchant supérieur à l’acier inoxydable et sont plus durables ». Le coutelier viriati, travaille aussi des aciers de récupération « des râpes de maréchal-ferrant mais aussi lorsque j’en trouve, des dents d’andaineur. Le travail de forge est différent, il se fait à tâtons pour ce qui est de la trempe, puisque la matière exacte des aciers est inconnue. Évidemment mes lames demandent un minimum de soin, un petit coup de serviette, un petit graissage de temps en temps, afin d’éviter la rouille, exactement comme le faisaient nos grands-pères. Au fil des utilisations, elles prennent leur propre patine, qui témoigne de la vie du couteau. » Si la lame à une importance primordiale, le manche en a tout autant « pour rester dans le même esprit ancien, je privilégie les matières naturelles, diverses essences de bois, la corne, l’os, le bois de cerf où de chevreuil. J’aime aussi ajouter un peu de cuivre, du laiton, de l’étain, j’évite les matières synthétiques, je laisse ça à d’autres ». Le travail du coutelier n’a rien de répétitif. Chacun à sa technique en fonction du résultat recherché. Il est fréquent d’adopter des approches différentes, « il n’y a pas de façon de faire absolue, il y a autant de méthode qu’il y a de coutelier ». La même remarque s’applique à la trempe, pour laquelle il existe un éventail de possibilités, « cela laisse un vaste champ d’exploration et permet de toujours découvrir de nouvelles choses ». Perfectionniste dans l’âme, véritable créateur, Baptiste Guigue garde son tablier de cuir pour façonner, de superbes fourreaux de protection. « J’exerce un noble métier, difficile, où il faut donner beaucoup de soi-même ». C’est l’une des raisons qui expliquent la rareté de ces précieux artisans. Le métier reste identique, même si la clientèle a un peu changé au fil des années, le métier de coutelier ne va pas mourir pour autant, il a tout l’avenir devant lui.

www.forge-du-chien-noir.fr

baptiste guigue