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« J’ai la République chevillée au corps », Bastien Gouly, auteur du roman Décadence

L’Aindinois Bastien Gouly a publié son premier ouvrage, un roman dystopique mêlant politique et analyses personnelles, déjà vendu à plusieurs centaines d’exemplaires. 

Pouvez-vous présenter votre parcours ?
J’ai obtenu une maîtrise en sciences politiques à Lyon, avant d’être diplômé d’une école de journalisme et suivi un master en journalisme à la Sorbonne. J’ai travaillé pour plusieurs rédactions telles que Canal+, I-Télé, LCP ou encore le service des sports de RMC. J’ai aussi participé à l’émancipation de la chaîne Non Stop People. Enfin, j’ai rédigé des articles politiques pour des médias comme Front Populaire ou RT France.

Le journalisme fait-il toujours partie de votre vie ?
Aujourd’hui, je suis conseiller en communication. J’ai désiré changer de voie à l’âge de 39 ans pour me lancer un nouveau défi. J’étais aussi un peu désenchanté par le métier de journaliste. Avec l’avènement de l’instantanéité, je considère qu’il est de plus en plus difficile de délivrer une information de qualité. L’information doit être un service public. Aujourd’hui, elle est malheureusement ballottée dans tous les sens. Au plus profond de moi, je garde l’âme d’un journaliste. 

Comment la politique et l’écriture sont-elles arrivées dans votre vie ?
L’écriture et la presse écrite sont mes premières amours. Je m’en suis rendu compte lors de mon premier stage en presse quotidienne régionale, au sein du Progrès à Villeurbanne. Cette expérience m’a permis de réaliser et d’écrire des enquêtes, ce qui devient malheureusement de plus en plus difficile aujourd’hui. La politique a toujours été ancrée en moi. Je suis un républicain convaincu. J’ai la République chevillée au corps, et les questions idéologiques comme la métapolitique, ainsi que l’évolution des courants politiques en France m’ont toujours passionné.

Comment résumeriez-vous votre premier ouvrage ?
C’est un roman d’anticipation qui projette la France dans un monde où elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, diluée dans l’espace européen. Le lecteur est plongé dans une France rebaptisée « Euro-France », ayant basculé dans le totalitarisme. Au nom d’un soi-disant progrès, la République et ses valeurs sont devenues des concepts ringards. La démocratie et les libertés sont verrouillées. Le récit dépeint une société déshumanisée, où la violence sociale et les divisions communautaires culminent. On suit les aventures de plusieurs personnages, dont certains luttent pour le retour de la République (considérée comme archaïque et extrémiste dans cet univers), tandis que d’autres sont résignés ou soutiennent ce nouveau régime qualifié de progressiste par le pouvoir politique et médiatique.

Vous êtes-vous projeté dans Maximilien, le personnage principal, lui aussi originaire d’un milieu rural ?
Je n’ai pas la prétention de dire que je suis comme lui. Dans le livre, il fait preuve d’un courage politique que je n’ai pas encore eu. C’est un citoyen lambda, un peu un galérien de la vie, ce que j’ai aussi été, notamment en tant que journaliste pigiste. On retrouve toujours un peu de la personnalité de l’auteur dans les personnages principaux d’un livre.

Ce livre est-il également un moyen d’exprimer votre ressenti sur l’époque ?
J’aime beaucoup cette phrase de George Orwell : « À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire ». Je ne prétends pas dire la vérité avec ce livre, évidemment, mais je prétends en revanche dénoncer une partie de cette supercherie universelle. Le but de ce roman est vraiment de nourrir la réflexion.

Comment êtes-vous arrivé à l’écriture de ce livre ?
J’ai commencé en 2015, au moment où, selon moi, la gauche torpillait définitivement ce pour quoi elle avait été mise au pouvoir. Elle utilisait une « novlangue » destinée à faire passer toutes les régressions sociales pour des mesures de justice sociale ou d’égalité. Je considère que cela a nourri une fracture qui n’a fait que s’aggraver ensuite entre le politique et le citoyen. J’ai donc eu l’idée d’écrire ce roman pour nourrir cette réflexion. Je l’ai un peu mis de côté, car je ne souhaitais pas le proposer à une maison d’édition, peut-être par crainte d’être jugé. J’ai repris l’écriture en 2022, car je voyais certains aspects du livre commencer à se concrétiser, la réalité dépassant la fiction. Cette même année, j’ai décidé de le finaliser et de le retravailler pour le proposer à l’Harmattan, une maison d’édition qui a soutenu le projet.

Travaillez-vous sur un nouvel ouvrage ?
J’ai une idée pour un autre roman, mais je ne sais pas quand je le terminerai. Je ne veux pas entrer dans une logique de production, en écrivant pour écrire. Il faut trouver le temps de poser ses idées par écrit. Je prendrai donc le temps qu’il faudra pour écrire un deuxième ouvrage. Ce ne sera probablement pas une dystopie ou un roman d’anticipation, mais il y aura toujours une petite coloration politique en toile de fond.

Quels sont les écrivains qui vous inspirent ou les ouvrages qui vous ont marqué ?
L’Étranger de Camus a été une claque pour moi, notamment par son style sujet-verbe-complément, qui lui est propre. Ensuite, sans être original : George Orwell, évidemment. 1984 reste une grande source d’inspiration. Il y a aussi un auteur que j’aime beaucoup : Stefan Zweig. Il a écrit, dans les années 1920, un livre qui s’intitule L’uniformisation du monde. Il y décrivait déjà ce que notre société allait devenir : le culte de l’instantanéité dans l’information, la marchandisation de celle-ci ou la mondialisation économique et culturelle. Pour sa perspicacité, sa lucidité et la simplicité de son propos, ce livre d’une centaine de pages mérite d’être étudié en classe.

Décadence

De Bastien Gouly, 

Aux éditions de l’Harmattan

21 €, Disponible ici au format papier ou numérique

Bastien Gouly et son premier roman « Décadence ». Photo fournie par Bastien Gouly
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