Posté le 17 mai 2024 par La Rédaction

Un spectacle et bientôt un ouvrage illustré par Eric Martelat.


Il entre sur scène d’un pas décidé, baguette à la main. Ses sourcils se froncent comme un accent grave sur un regard bleu écarquillé : « Quand le maître entre, tout le monde se lève… ». On ne plaisante pas avec l’autorité de l’instituteur ! Le public ne se fait pas prier face à ce Topaze en blouse grise. Et tant pis si, au dernier rang du gradin d’Arphonème, quelques crânes se cognent au plafond histoire comme pour réveiller quelques gentilles araignées conviées au spectacle sans déplaisir.

Monsieur de La Fontaine se serait inspiré du poète grec Esope. Soit ! Dans le langage « titouesque » ça devient : «La Fontaine d’Esope s’aidait ». Malicieuse phonétique…« Carpe Diem » : « l’exemple même du mariage de la carpe et du latin ». Le ton est donné ! Pendant plus d’une heure, Titou, maître de la versification, jongle avec les mots, détourne les expressions, ponctue avec ses propres moralités décalées qui comblent d’aise ! Les fables Jean de La Fontaine (de La Font’aime pour le spectacle) revues et corrigées avec toute l’imagination fertile et malicieuse de Thierry Jaillet (Titou sur scène). Des fables où s’entremêlent subtilement vers contemporains et parlers populaires et argotiques. L’alliance fait mouche (du coche). Sur une habile mise en scène de Brigitte Mercier, plus d’une heure d’un pur plaisir lexical à déguster sans modération.

Un Titou inspiré, digne de l’inoubliable Boby Lapointe. Comme lui, il excelle dans l’art de triturer la linguistique avec gourmandise, dans le respect scrupuleux des alexandrins (avec rimes riches). « On n’entend pas les alexandrins, m’a dit mon fils Arthur. C’est un compliment, ça prouve que le texte coule bien », se réjouit Titou. Par ses mimiques et sa gestuelle, Titou donne corps aux animaux. C’est irrésistible ! On se laisse embarquer dans ce bestiaire loufoque. Tour à tour vieux ou jeune matou, grenouille ou crapaud, chèvre, bouc, agneau, renard, loup, coq et paon mais aussi Dieu et déesse, paysan, pêcheur… Titou nous embarque dans des transpositions originales et improbables jusqu’aux rivages de nouvelles moralités contemporaines et désopilantes. Une biquette qui pratique le kung-fu ou encore Pierrette et son pot au lait mêlée à un dealer.

La morale des grenouille qui demandent un roi, ça devient à la sauce Titou: « Au lieu de grenouiller en eaux totalitaires, vaut mieux crapauhuter avec des libertaires ». Celle du Corbeau et le Renard : « Ne tirez pas gloriole à blouser les loosers, la revanche est un plat qu’il range au freezer. Titou brise les tabous et ça marche ! Il ne se contente pas de transformer en argot la prose de La Fontaine comme d’autres l’ont fait avant lui. Ses textes sont totalement réécrits alternant mots savants et expressions actuelles. Celui dont l’émission radio préférée est « le Masque et la Plume », qui a toujours admiré le verbe de quelques chroniqueurs célèbres du Canard Enchainé tels Yvan Audouard ou Alexandre Vialatte pour ne citer qu’eux – aura bientôt une nouvelle consécration littéraire avec la prochaine publication de dix-neuf de ses fables aux Editions « Le Pied à l’encrier». La parution est prévue en juin.

Dix-neuf fables et dix-neuf dessins puisqu’Eric Martelat va assurer l’illustration de l’ouvrage. Promis au même succès que les recueils des « Antitoulogie » tous épuisés.

« Jean de la Font’aime » par Titou les 18 et 19 octobre prochains à 20h30 à Arphonème rue Lazare-Carnot à Bourg- en-Bresse

Légendes :

  • Titou, le maître d’école entre en scène
  • Le loup et l’Agneau par Eric Martelat