Le rappeur/vidéaste de Bourg filme à une cadence effrénée. Des témoignages sur le vif et une manière de tenir debout.
Se méfier des dilettantes. Dans l’urgence, ces bosseurs malgré eux compensent leur flegme (flemme ?) naturel par un gros volume d’activité. Tel MC Jo Hell. 33 ans, Axel Clerc pour l’état-civil de Bourg. Fils de Julien Clerc, le batteur de rock, ne pas confondre. Signe particulier : rappeur/ vidéaste le plus rapide de Bresse.
En dix semaines, le speedy MC a dégainé pas moins de neuf clips : six à lui, et trois réalisés pour le compte de « P’tits d’ici » (Delta Click, Lexa). « Derrière, on est sur deux ou trois autres ! » Un an déjà, que MC Jo Hell chevauche ventre à terre. En mars 2020, il avait lancé la série « 28 jours ». Soit une vidéo quotidienne pendant les quatre premières semaines de confinement. Depuis, l’homme qui clipe plus vite que son ombre cartonne sur le Net. « On est à peu près à mille vues par semaine et par vidéo ».
Francs-tireurs et snipper
MC Jo Hell n’est pas un pistolero solitaire. Il fédère toute une bande de francs-tireurs issus des musiques urbaines : le vidéaste Victor Cointin des K-Potes de Viriat, le collectif Plake Tournante, l’ingé son Bara, ou Lambert, réalisateur télé sur la plateforme Twitch. Pour la bande-son toujours chiadée, citons Darkham (K-Pote aussi) ou le Nantais Flubber parmi ses producteurs attitrés.
« Mauvaise caricature… De ma fenêtre j’ai vu changer le monde… À la télé j’ai vu grandir le monstre ». De son balcon, le snipper balance les chroniques d’un quotidien confiné qui tourne en rond ou « part carrément en couilles ». Voir son avant-dernier et remarquable clip, « Ancre ». Capté dans le grand vide du Théâtre de Bourg, il dit tout du naufrage des artistes et de l’échouage des spectacles sans spectateurs. « Rien d’amusant à amuser les foules. Je me demande à quoi pense l’orchestre quand le bateau coule ». Au fil des créations, les textes s’affinent, truffés de punchlines cinglantes et désabusées.

Caméra révolver
Mais pour leur auteur, l’essentiel est de les imager. Pas simple de tourner en respectant les protocoles sanitaires. « On jongle avec. Le rap, c’est l’art de la débrouille ». Pas de fioritures, que du direct et du spontané. Il est journaliste gonzo en immersion, caméra au poing en guise de revolver. Nul doute qu’avec le recul, ses visions sur le vif documenteront l’époque. Pour l’instant, elles lui servent à tenir debout. « On ne veut pas perdre le lien. Il faut se renouveler, trouver d’autres outils pour parler aux gens. Le monde s’est arrêté. Nous, on doit continuer à avancer, sinon on tombe ». Le mouvement perpétuel contre l’angoisse du néant. Vous avez trois minutes.
