Posté le 29 janvier 2026 par La Rédaction

Il parle avec un accent léger, chaleureux, celui de la Hongrie où il a grandi, mais ses mots frappent comme ses plaquages. Bence Roth, 29 ans, ancien deuxième ligne de l’USBPA, a connu le destin que redoutent tous les rugbymen : une carrière stoppée net, trop tôt, au milieu d’un match de Pro D2, un soir de janvier 2022 face à Aix-en-Provence. Ce jour-là, un genou qui tourne, un choc, une douleur immédiate. Puis un long parcours de presque deux années dans les couloirs d’hôpitaux, de rééducation, d’espoirs légitimes et de renoncements patientés. Rien ne prédestinait le jeune Hongrois à vivre un bout de carrière professionnelle en France. Il découvre le rugby à 8 ans, à l’autre bout de l’Europe. À 19 ans, le destin frappe à sa porte : le LOU le repère et l’intègre dans son centre de formation. « C’était incroyable pour un gamin hongrois, raconte-t-il en souriant. J’ai joué trois ans à Lyon, et après j’ai signé à Bourg. » À Bourg-en-Bresse, il passera six saisons, dont quatre pleines et deux brisées par la blessure. Il s’impose, progresse, s’intègre à la ville comme au club. « Le rugby, c’était tout pour moi. Je pensais qu’il n’y avait que ça dans la vie », confie-t-il.

Le genou qui ferme une porte
Après un premier passage sur la table d’opération, Bence attaque six mois de rééducation. Rien n’y fait : le genou reste instable, douloureux, limité. Le 14 septembre 2023, il subit une seconde intervention. Le chirurgien, cette fois, est sans détour : le cartilage est trop usé pour espérer rejouer au niveau professionnel. « Là, j’ai compris », souffle Bence. Les médecins, le club et lui-même arrivent à la même conclusion : continuer serait dangereux physiquement et destructeur mentalement. Derrière la blessure, il y a ce dont on parle moins : la dépression. « Oui, j’ai eu un coup de déprime, avoue-t-il. La pression mentale, elle commence pendant la blessure, mais quand tout s’arrête, c’est pire. Du jour au lendemain, je n’avais plus d’entraînement, plus les copains, plus le cadre. Je me suis retrouvé seul à la maison. » Et d’enchaîner : « J’ai compris qu’il fallait que je rebondisse. Attendre chez soi, ce n’est pas une solution. » Il envoie alors son CV sur le réseau professionnel LinkedIn. Fabien Maréchal, responsable de l’agence immobilière Laforêt, lui propose de rejoindre son équipe pour devenir négociateur immobilier. « Je n’avais aucun doute sur le fait qu’il allait réussir, assure Fabien Maréchal. J’avais déjà eu Cyril Veyret. Les sportifs professionnels ont cette capacité à s’engager, à être précis dans ce qu’ils font. Il y a aussi les valeurs du rugby qui matchent avec celles de l’entreprise, comme le travail en équipe. » Bence est bien dans son nouveau job à tel point qu’il vient d’accepter l’opportunité de rentrer en Hongrie en ce début d’année pour un poste de responsable au sein d’une agence immobilière française installée à Budapest, Story’s Immobilier. « Pour ma femme Fruzsina, hongroise, et mon fils Artur (4 ans), la famille nous manquait. Et la vie passe vite. » Le rugby lui manque, évidemment. Mais il continuera à y revenir autrement. « J’ai déjà parlé avec la Fédération et les clubs en Hongrie. Je vais sûrement donner un coup de main, coacher un peu, transmettre ce que j’ai appris en France. » Et de conclure : « Dans la vie, il y a toujours des difficultés. Mais il y a toujours des solutions. J’ai perdu le rugby, mais j’ai gagné une autre vie. Rebondissez. Cherchez. Continuez. On peut toujours être le meilleur dans un nouveau domaine. »