Le Burgien et « plus italien des Français » Yoann Mormile est de retour chez lui après plusieurs années à courir les continents, au gré des projets et sollicitations. Le champion du monde de pizza napolitaine revient sur son aventure hors norme depuis l’obtention de son titre, fin mars 2023 à Las Vegas.
« Tu devrais faire un film ! » lui conseillent ses amis. Et pour cause : sa vie est allée de rebondissement en rebondissement depuis trois ans. « Dès le soir même du sacre, se souvient-il. J’avais rencontré sur place un importateur de produits italiens aux États-Unis. » Parmi eux, un Napolitain portant le projet de développer en Floride – à Naples exactement – un réseau de restaurants, avec Yoann à la manœuvre. Mais l’obtention d’un visa est une gageure, et les priorités sont ailleurs. « Ma compagne était enceinte. » Plutôt que d’entamer une relation exclusive avec ses nouveaux partenaires, Yoann crée sa société de consulting et multiplie les missions événementielles – et avec elles, les allers-retours aux États-Unis…
Courir le monde
Son fils Diego naît en janvier. « Un moment compliqué, relève Yoann encore chamboulé. Le personnel médical, les sages-femmes… tous ont été de vrais superhéros. » Autant de gestes et de sang-froid que le champion a salués à coups de pizzas au service de néonat’ ! Le début d’une aventure, combiné par les jeux du hasard avec la concrétisation d’un rêve : celui d’être appelé pour une masterclass dans une école en Argentine, sur les terres de Maradona… dont la tête et le drapeau ornent les murs de la pizzeria bressane Pulcinella. « Ils avaient organisé un tournoi de foot vétérans. » Les joueurs ? Des parents d’élèves très haut placés dans les sphères économique et politique du pays. Plutôt qu’un cachet, Yoann a négocié auprès d’eux une place à un match dans l’enceinte de la Bombonera… Côté presta, « ils avaient privatisé tout l’étage d’un restaurant, j’avais composé un menu spécial sans parler un mot d’espagnol. C’était extra, comme expérience ! » Quelques mois plus tard, c’est en Amérique toujours, mais vers l’hémisphère nord, que s’envole le champion. « Le propriétaire du château Casa Loma à Toronto, donnait une fête et souhaitait une animation autour de la pizza. » Car l’homme est né à Naples, en Italie : « tout près de la maison de ma grand-mère » ; et l’attachement à ses racines était resté intact. Aussi le lien entre les deux hommes a-t-il été évident et immédiat. « Il m’a même proposé de rejoindre son groupe. » Groupe au sein duquel officie également Francesco Martucci, dont la pizzeria a été élue huit ans d’affilée meilleure au monde. Parti se former auprès du chef à Naples, Yoann se heurte à divers problèmes – d’abord administratifs, finalement égotiques… – freinant l’avancée du projet, jusqu’à le réduire à néant. C’est avec un autre monument de la cuisine : le chef argentino-italien Mauro Colagreco, à la tête de restaurants à Menton, Lyon et Strasbourg, que Yoann entre en pourparlers. Mais à nouveau, « après des mois de discussion« , des mésententes d’ordre économique font avorter le projet. Un coup dur auquel Yoann pense donner enfin une suite viable avec la sollicitation d’un groupe d’investissement parisien, par la voix de Daniel Riolo, de RMC sport. « Lui est italien, j’avais déjà fait une apparition dans l’une de ses émissions pour un spécial. » Leur proposition ? La transformation d’une brasserie en pizzeria. Mais la visite des locaux donne au Bressan mille raisons de ne pas donner suite. Notamment la présence de rats dont là-bas on s’accommode jusqu’en cuisine – « On m’a dit ‘C’est Paris, c’est comme ça ici…' » – et que l’exigeant chef et consultant refuse par principe.



& retrouver chez soi
Les propositions en forme d’impasses, mêlées bien entendu à d’autres projets menés en parallèle et dûment réalisés, ont laissé place, dans la foulée de l’expérience parisienne, à une sollicitation par de jeunes Italiens ayant fait fortune à Bali pour y avoir développé un parc de logements en pleine jungle. « Ils ont ouvert un premier restaurant, type brunch, avec les classiques avocado toasts et autres thés matcha ; et voulaient investir dans un deuxième, plutôt typé cuisine du monde, avec la promesse d’y servir les meilleures pizzas de l’Asie du Sud-Est… » Qui mieux que Yoann Mormile alors pour incarner, et tenir la promesse ? Le champion, lassé de ses mésaventures occidentales, pose ainsi ses valises à Bali pour créer le concept, former les équipes et composer la carte. En fréquentant assidûment le club de boxe installé à 600 mètres… « Tout était à faire, on m’a laissé carte blanche« , apprécie-t-il, usant de l’anglais et de sa bonhomie naturelle pour fédérer les locaux autour du projet. Parmi eux, « le prochain numéro un : Yuda« . Celui que Yoann a fait monter en compétences pour venir à sa suite et continuer à écrire l’histoire de Kaja by Numa. « J’ai gagné sa confiance le jour où je lui ai appris à nager. Peu à peu la complicité s’est installée et aujourd’hui, c’est comme un petit frère. » La mission à Bali touche à sa fin et l’heure est au retour près des siens… « Mon fils aura 3 ans en janvier. Je vais me calmer. » Au moins pour un temps. Car l’aventure dure depuis déjà 11 ans. Il y a eu Pulcinella, le resto le food truck, Bella, l’épicerie Napol’In, le projet de déménagement, celui d’une installation commune avec Bistrot Brigitte à Saint-Denis « jusqu’à ce que la veille pour le lendemain on m’appelle au championnat du monde et que ça parte dans tous les sens ! » Des hauts des bas qui justifient d’enfin jeter l’ancre en Bresse jusqu’à ce que l’envie rejaillisse ou l’opportunité – la bonne -, se manifeste et encourage à repartir pour un tour… « Je ne m’interdis pas de monter un jour un autre restaurant comme je ne ferme pas la porte à l’idée de faire complètement autre chose. J’ai le sentiment d’avoir fait le tour.«


