Ils sont de plus en plus nombreux à tenter l’aventure : larguer les amarres, après une vie de travail, pour le bonheur d’une retraite au soleil. Parmi eux Roselyne, ancienne commerçante expatriée à Malaga, à l’extrême sud de l’Espagne.
C’est à l’épicerie de sa maman à Servas, en jouant à la marchande, que Roselyne se prête d’abord à l’exercice social. Plus tard, comme agent de voyages. Au comptoir, puis dans les cars et les avions. Les destinations s’enchaînent et une se détache. Pour son climat, ses paysages, sa culture. Déjà, Roselyne est amoureuse de la région. Elle le sait : un jour, elle habitera en Andalousie. Aux voyages succède son « dernier défi », comme un rappel de ses débuts « au magasin », avec le rachat d’une épicerie de village à Cerdon. Jusqu’à l’âge légal de la retraite… C’était « maintenant ou jamais ». Là-haut, sur la colline Comme on dit « Quand je serai grand, je serai pilote de ligne », Roselyne en parlait depuis longtemps : une fois à la retraite, elle partirait vivre en Espagne. Et comme on sourit aux rêves des enfants, on disait que c’était très chouette, comme idée, de partir vivre au soleil… sans y croire vraiment.
Mais Roselyne n’est pas de ceux qui laissent s’éteindre le feu à 60 ans ! Plutôt que de lâcher son rêve, la jeune retraitée s’y est accrochée au contraire, jusqu’à le rendre concret. C’est donc seule – tel qu’elle mène sa barque depuis toujours – et à près de 63 ans, qu’elle a mis les voiles jusque sous le soleil andalou. « J’avais repéré une maison, dans un petit village blanc, que je suis allée visiter. Ça a été la seule, et du premier coup la bonne ! » Une bonne pioche assurément, le logement offrant une surface de terrasse équivalente à l’intérieur de plain-pied, avec vue d’un côté sur la mer et de l’autre sur les vergers. Bien sûr il a fallu entreprendre un grand tri, pour ne prendre le large qu’avec quelques vêtements dans la valise. Partir et, 1 600 kilomètres plus bas, tout reconstruire. Sur la base de vagues restes d’espagnol, Roselyne a tissé peu à peu son réseau, avec les institutions, pour tantôt acter l’achat de la maison, devenir résidente ou obtenir sa carte d’assurée ; les voisins, solidaires mais discrets ; les profs enfin, aux nombreux cours où elle s’est inscrite – poterie, peinture, Pilates… – « pour maintenir les interactions sociales et m’entraîner à parler régulièrement ». Car les attaches françaises demeurent et il a été difficile de baigner dans deux cultures simultanément. A fortiori à plus de 60 ans. Mais les mois passant, Roselyne a noué de solides amitiés sur place.
Avec Antonia, Pilar ou Rosa, même des Ukrainiennes rencontrées aux cours de langue. La vie est douce quand le soleil donne et les journées rythmées par les activités. « Mais sans contrainte ! » Rapidement la Française se fond et calque ses habitudes sur celles des locaux. « À part peut-être l’heure des repas ! Quand on vient toquer pour m’inviter à l’apéro, j’ai déjà fini de manger… » Du poisson beaucoup, des fruits et des légumes achetés sur le marché pour une bouchée de pain, des avocats, cultivés un peu plus bas sous les serres, des oranges cueillies et offertes par un papy du village, des mangues sucrées. Et puis le rituel des sardines al espeto, dans ce resto de bord de mer où Roselyne mène chaque fois ses invités, avant d’aller marcher les pieds dans l’eau et de savourer une glace en regardant le soleil plonger à l’horizon. Il y a pire, comme décor. Car c’est une carte postale que l’Aindinoise savoure tous les matins depuis sa terrasse, en même temps que sa chance – plus justement son audace – d’être venue ici couler des jours heureux. « Je reste tant que je suis capable physiquement. » De conduire, longer les plages à vélo et grimper les marches jusqu’en haut du village. Soit encore de belles années à profiter d’un pied-à-terre ensoleillé ; avant de regagner le bocage.